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 Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]

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Reza Christie
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Localisation (en RP) : UFTS Glogow
Date d'inscription : 20/06/2009

MessageSujet: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Dim 5 Déc - 18:14

Comme promis, voici un long extrait de mon roman où apparaissent les hemlins...
Tout les droits de propriété intellectuelle m'appartiennent.


Bonne lecture!


Note: HGM= humains génétiquement modifiés


-- -- --


2836
Le Wigut’Ae avait traversé la frontière avec l’inconnu depuis voilà une heure, mais, jusqu’ici, n’avait rencontré que des choses très banales: des systèmes stellaires vides, deux planètes noires, quelques perturbations hyperspatiales mineures. Le pilote de l’astronef semi-militaire était stressé cependant, cela se voyait: son front présentait un mince plissement, tandis que ses réactions, lorsque ses doigts dansaient d’une manette à l’autre, étaient certes acérées et vives, mais nerveuses. A quelques reprises, il faillit manquer le contrôle de son choix, mais se rattrapa vite, sans même remarquer sa méprise. Son uniforme était un peu froissé, ce qui était la preuve que pendant que Cyrus Kosvoran dormait dans sa cabine, il avait bougé nerveusement sur son siège à suspenseur.
Cyrus lui-même n’était lui-même pas totalement serein. A trente-quatre ans, il n’avait pas encore effectué beaucoup de missions hors du territoire de la Fédération, et jamais d’une telle importance. Il était émissaire fédéral auprès de l’unique autre espèce intelligente connue. Les Hemlins.
Ce nom en lui-même créait un frisson d’inquiétude mais aussi d’exotisme, à la surface de sa peau. Avant de partir, il avait dévoré tout ce qu’on pouvait dénicher au sujet de ceux-ci, mais devait reconnaitre que c’était désespérément peu. Bien insuffisant pour une mission de son importance.
Il échangea un bref regard avec son assistante, Lakshmi Ishikwa, qui était harnachée dans le siège à côté du sien. Ils n’en étaient pas à leur première mission ensemble, mais certainement la plus excitante.

-J’ai quelque chose sur le scanner. Dois-je décélérer, monsieur Kosvoran? Demanda soudain le pilote en tapotant du bout des doigts une minuscule manette en dessous de laquelle les mots « coup. Sup. réact. » étaient marqués.

Cyrus enfonça un bouton dans l’accoudoir de son propre siège, en secouant maladroitement son harnais de sécurité. Le Wigut’Ae était un vaisseau de haute performance, excellent pour les transports sûrs, notamment de diplomates, comme lui. Mais pour le confort, c’était vraiment lamentable, songea-t-il.
Un holo de contrôle apparut à quelques centimètres de ses yeux, et s’ajusta automatiquement. Le mouvement de ses orbites suffisait à faire bouger l’image selon l’angle désiré.
Un objet non identifié par les senseurs de l’astronef attendait tranquillement dans l’espace interstellaire, à quelques centiparsecs de là. Les scanners à énergie rapportaient par le biais du subespace qu’il était immobile et ne dégageait que peu de chaleur. Pas un vaisseau donc, à première vue.

-Ralentissez et arrêtez-nous à proximité. Mais soyez prêt à repartir en vitesse le cas échéant. Nous ne connaissons pas assez ce secteur spatial pour nous permettre des imprudences.

Il abaissa de quelques graduations la petite manette, et lentement, sur l’holo de Kosvoran se transforma. L’image de la chose, d’abord un simple figuré en cercle, se compléta de nombreuses données: masse apparente, énergie, potentiel calorique, vitesse relative et absolue, émissions. Enfin, en tout dernier, une vision en miniature de l’apparence optique se matérialisa: c’était une sorte d’objet flottant composé d’un ensemble de sphères et de compartiments reliés entre eux par une armature d’apparence solide, formée de tubes légèrement courbes. Au centre de l’ensemble, et s’étirant sur plus de trente kilomètres de part et d’autre, une sorte de long tuyau droit formait un interminable corridor creux, qui, d’après l’ordinateur, aurait pu facilement accueillir un bâtiment de ligne unionien, voire toute une station orbitale terriene. Une deuxième partie, plus petite, formée d’un anneau géant faisant deux fois la hauteur de la première partie, se situait à une centaine de kilomètre à l’avant de cette dernière.

-Les capteurs viennent de laisser apparaitre plusieurs astronefs autour de la structure. Je poursuis l’approche?
-Oui, poursuivez, fit Kosvoran en observant les trois vaisseaux de taille moyenne qui étaient en « orbite » autour de l’étrange structure. C’était des unités Hemlins, selon toute probabilité: de longs astronefs au fuselage profilé qui semblaient n’être fait que d’un seul tenant.
-Je redescends dans l’espace relativiste, annonça le pilote.

Un infime frémissement parcourut la coque du Wigut’Ae: les moteurs hyperspatiaux s’étaient arrêtés. Le noir total des hublots était passé aux ténèbres fendus des quelques étoiles classique de l’espace. Mais rien d’autre n’était visible: ils étaient encore à des milliers de kilomètres de leur cible.
L’ordinateur central de bord alluma quelques voyants tridimensionnels d’urgence et une voix synthétique annonça, tandis que le message s’affichait dans l’air au dessus du pilote:

-Le Wigut’Ae est engagé dans un rail d’approche exclusif. Il n’est plus possible de stopper l’approche.

Lentement, le pilote vérifia quelques commandes, sans aucun effet. Puis, il se laissa aller contre son siège, en expliquant:

-Je ne contrôle plus rien, mais je pense qu’on est arrivé là où on nous attendait.

Lentement, Kosvoran hocha la tête, et désactiva son harnais. Il se leva, et retourna le long de l’étroit corridor central vers la section arrière du vaisseau, où se trouaient les deux cabines de bord et la réserve. Dans sa cabine - un minuscule cagibi où le lit partiellement pliable occupait presque tout l’espace disponible -, sa mallette était posée. Il l’ouvrit, vérifia que tout y était, et, satisfait, la referma. Il allait sortir quand il se ravisa, et ouvrit la porte dissimulant le coin toilettes. Il y récupéra un sachet de pastilles à la menthe, et les ajouta à sa valise, avant de quitter définitivement la cabine. Dans le couloir, il se retrouva nez-à-nez avec Lakshmi, qui avait fait de même. Ils se sourirent - pourtant, leur histoire s’était terminée quelques mois plus tôt -, et il la laissa revenir à l’avant.
Là, par la verrière avant du cockpit - étroite pour répondre aux normes de sécurité, mais suffisante -, ils virent de leurs propres yeux l’étrange station.
Elle était gigantesque. L’immense axe central fendait l’espace en deux, et était éclairé par une série d’innombrables projecteurs, montrant qu’il était entouré d’une superstructure et de bulles plus petites. Les grandes sphères étaient groupées et reliées entre elles au centre de l’axe.

-Le rail automatique nous mène droit contre ce machin, expliqua le pilote en désignant la masse en face d’eux.

Depuis qu’ils avaient découvert cela, il semblait bien plus détendu, manifestement le fait de voir l’inconnu pour lui permettait en quelques sortes de l’exorciser. Il y eut une brève tonalité, comme si quelqu’un avait enfoncé une touche de piano.

-Nous avons reçu un message écrit, expliqua l’homme aux commandes, avant de l’afficher en lieu et place du message d’urgence.

« Veuillez vous préparer à monter à bord de la station. Votre pilote restera dans son appareil. »

Inconsciemment, Kosvoran hocha la tête, et regarda avec une appréhension croissante la structure s’approcher. Bientôt, elle emplit presque toute le panorama visible depuis la verrière. Ils allèrent doucement en volant entre les sphères reliées par des tubes flexibles, évitèrent quelques robots d’entretient - ces mécaniques se ressemblaient décidemment toutes, même chez les non-humains! - et terminèrent leur course sous une demi-sphère grise plus grande que leur astronef. Partout, de puissants projecteurs – invisbibles - étaient dirigés contre les sphères, rendant leur surface bien visible. Les voyants du Wigut’Ae indiquant le fonctionnement du réacteur à impulsion s’éteignirent, et seuls les systèmes de veille restèrent activés. Le pilote détacha ses harnais.
Soudain, une autre demi-sphère surgit au-dessus eux, et les deux se refermèrent. De nouveau, seule la lumière des systèmes de bord les éclaira.

« L’atmosphère ambiante est respirable, décréta l’ordinateur de bord, les sécurités du sas sont déverrouillées. Nous espérons que le vol a été agréable.

Le pilote hocha la tête à l’intention de ses deux passagers, qui, avec un dernier regard l’un pour l’autre, s’engagèrent dans le couloir, jusqu’au fond, où le sas était en face de de la réserve, à gauche. La porte intérieure était ouverte, et sur celle de l’extérieur, les voyants verts clignotaient.
Kosvoran jeta un coup d’œil à lui-même. Il avait opté pour une combinaison stricte et sobre, bleu marine, avec un système de respirateur intégré en cas d’urgence, comme un vol spatial pouvait le justifier. Ses chaussures noires étaient magnétisées et bien cirées. Quant à sa veste grise, elle lui seyait bien, et avait des poches utiles. Lakshmi avait fait de même dans les grandes lignes.
Il enfonça le contrôle de la porte de sas, qui s’ouvrit. En face d’eux, une lumière éclairait chichement la sphère d’accostage. Ils virent qu’une plate-forme était installée en face de la sortie. Prudemment, ils y grimpèrent. Dès que son assistante eut quitté le Wigut’Ae, l’étrange plateau émit un bref soupir, et commença à bouger. Des champs magnétiques d’équilibre les maintinrent en place, mais le souffle de l’air sur leurs visages leur permettait de savoir qu’ils bougeaient. La lumière, issue d’un point flottant dans le vide en face du sas, fut rapidement derrière eux, et ils filèrent dans les ténèbres. Kosvoran sentait ses mains être moites et son souffle s’accélérer. La main de Lakshmi se referma nerveusement sur son bras, mais ils ne dirent rien, attendant la fin du supplice.
Elle arriva assez vite. Ils émergèrent d’un long tunnel noir, arrivant dans une sorte de gare pour plates-formes magnétiques: partout, ces étranges plateaux argentés venaient et partaient depuis des passerelles sur lesquelles passaient des silhouettes, le tout dans un espace éclairé d‘une lumière blanche et à la profondeur indéterminé. La leur s’arrêta à côté d’une passerelle semblable, et ils sentirent le picotement du champ de stabilité se désactivant.
En face d’eux, une hemlin les contemplait d’un air détaché. Elle était un peu plus grande que Lakshmi, avait la peau blême, et des cheveux noirs courts noués autour de la tête, maintenus en place par un serre-tête gris. Ses yeux détaillaient sans curiosité mais avec un intérêt modéré les visiteurs. Le reste de son corps était couvert d’une combinaison moulante grise et noire, avec plusieurs poches. Elle se tenait là, les pieds rapprochés et les mains le long du corps, comme les officiers sur le pont d‘un vaisseau lorsque le capitaine montait à bord. Sauf que chez elle, ça ne semblait pas être de la pompe ou de la solennité artificielle: cela prenait un étrange air naturel.
Le diplomate s’avança, et se présenta:

-Bonjour, je m’appelle Cyrus Kosvoran, et voici mon assistante Lakshmi Ishikwa. Nous sommes ici pour discuter des relations entre la Fédération Terrienne Unie et votre gouvernement.

L’autre resta silencieuse quelques instants, puis déclara d’une voix neutre et monotone:

-Je suis la Sina Cika Ghent Rhezza Tyee, et vous accompagnerai durant votre séjour dans nos installations. Nous vous prions de suivre mes instructions et de ne pas quitter vos quartiers en dehors des déplacements prévus et encadrés par nous. Veuillez me suivre.

Kosvoran échangea un regard avec son assistante, et emboita le pas à leur guide, qui avançait d’un pas rapide sur leur le côté droit de leur passerelle. Les individus venant dans le sens opposé passaient à gauche, d’un pas réglé et clair. Certains portaient aussi une combinaison gris-noir, mais d’autres avaient pour couleur un ensemble vert-noir, et, plus rarement, jaune-noir. Le diplomate se demandait à quoi pouvait correspondre ce code de couleurs.
On savait peu de choses au sujet des hemlins, se répéta-t-il mentalement. Ils étaient l’unique race extraterrestre intelligente jamais découverte, mais, paradoxalement, étaient absolument semblables aux humains, à deux-trois détails génétiques près, qu‘ils avaient influencés eux-mêmes. D‘après ce qu‘il savait, ils avaient adopté un modèle eugéniste et trans-« humaniste » très strict, avec un système de castes biologiquement améliorées. Enfin, ils étaient assez peu extravertis. Jamais un hemlin n’était venu en espace humain en dehors des contacts diplomatiques très éloignés dans le temps qui avaient lieu à intervalles cependant réguliers.
Leur hôtesse leur fit traverser une, puis deux passerelles, au milieu d’un trafic pédestre qui ne leur prêtait aucune attention. Tous semblaient avoir leur objectif en tête et ignoraient le reste. Il y avait peu de conversations, juste un lointain murmure de quelques mots échangés en hâte, sans même se regarder.
La « leur » monta enfin sur une plate-forme mobile, où ils la suivirent. Le champ de stabilisation se mit en place, et l’appareil de transport partit en filant au milieu des autres, sans avoir besoin le moins du monde de virer et d’esquiver les différentes trajectoires pouvant potentiellement aboutir à une collision, avant de rentrer dans un tube rapide. Pas un mot n’était échangé. Lakshmi jeta un bref coup d’œil à son ancien amant, avant de demander presque timidement:

-Pardon, mais êtes-vous habilitée à parler au nom de votre pays? Quel est votre rang?

L’hemlin se retourna, et répondit avec la voix monotone habituelle:

- Je suis Sina Cika, et ne suis pas en charge de la gestion des relations politiques entre notre gouvernement général et celui des humains. Le rôle des Sina Cika est d’œuvrer dans les domaines techniques et physiques afin d’améliorer la production, d’entretenir les installations et d’opérer les développements et le progrès dans ces domaines.

Cette réplique semblait, dans sa bouche, devenir une longue tirade. Après quelques secondes Kosvoran demanda, curieux:

-Mais, pourquoi avez-vous été sélectionnée pour nous recevoir? Cela ne correspond pas à vos attributions normales, j’en déduis. Non?
-Votre déduction est correcte. J’ai été réanimée par une expédition d’un de vos gouvernements, nommé Caryn et Novara. L’astronef sur lequel je me trouvais avec une centaine des miens s’était immobilisé et nous avait tous maintenu en cryostase en attendant que d’autres unités le retrouvent. J’ai eu l’occasion d’assimiler votre langue. Etant donné la faible utilité d’en répandre la connaissance parmi les nôtres, nous avons décidé de mettre mes capacités à profit pour vous mener jusqu’aux individus habilités à négocier avec vous.

Le diplomate avait des centaines de questions à poser, mais n’eut pas le temps d’en faire davantage: la plate-forme arrivait à destination: un autre terminal, plus petit, composé d’une seule passerelle avec quelques-uns des étranges véhicules arrêtés. Il y avait nettement moins de monde ici, et deux individus portant de lourds objets ressemblant à des armes attendaient là. Kosvoran interrogea Ghent Rhezza Tyee à leur sujet. Elle répondit comme auparavant, d’un ton sans inflexion ni particularité:

-Ce sont des Hekuran Bletak, dit-elle simplement.

Lakshmi questionna tout de suite:

-Mais… qu’est-ce que cela signifie?
-Ce sont des membres de la caste chargée de la défense et de l’exploration, de sous-caste exécutante.

Ils grimpèrent quelques marches, et arrivèrent dans une coursive longue et carrée. Après quelques minutes de marche silencieuse, rencontrant que rarement d’autres hemlins. Puis, ils s’arrêtèrent devant une porte étroite, qui s‘ouvrit lorsque la Sina Cika passa sa main devant un œil électronique invisible.

-Vous allez attendre ici.


Cyrus Kosvoran ne su jamais comment ni quand ils s’étaient déplacés, mais il avait la certitude que cela avait un rapport avec l’énorme structure qu’ils avaient vu plus tôt. Car, lorsque, après avoir traversé de nouveau d’interminables couloirs, ils montèrent dans la petite navette en compagnie de la Sina Cika et de trois autres hemlins qui ne leur prêtèrent aucune attention, ils virent par le minuscule hublot de l’appareil à l’ergonomie dépouillée poussée à l’extrême un spectacle saisissant.
Ils étaient à présent en orbite d’une planète qui occupait la majorité du champ de vision, dont pour l’instant on ne voyait que des morceaux d’océan entre d’épais bancs de nuages. Son atmosphère semblait briller dans la lumière d’une étoile située dans le dos de leur petit astronef, et permettait de bien voir un ensemble dantesque de cités spatiales qui dépassait de très loin tout ce qui n’avait jamais été envoyé en orbite par la Fédération Terrienne Unie ou toute autre puissance humaine. C’était un ensemble de gigantesques structures aux formes géométriques, beaucoup de sphères et de tubes, mais également des parallélépipèdes, des soucoupes, et d’autre formes moins indentifiables, des aiguilles élancées, des tores, des sphéroïdes, où grouillait une multitude de vaisseaux, petits et grands, aux formes totalement étrangères. Les structures étaient regroupés en agrégats plus ou moins denses, reliés les uns aux autres par des tubes qui devaient mesurer pour les plus petits plusieurs centaines de kilomètres chacun, et, Kosvoran aurait pu en jurer à cause du fait qu‘il était capable de la voir même à cette distance, devaient être eux-mêmes plus larges qu’une hyper-autoroute unionienne.
A cet instant, le jeune diplomate se souvint de son entretien qu’il avait eut avant de partir avec Lucila Söderkjöld, la présidente de la commission des affaires exobiologiques du Conseil des Mondes. C’était une petite femme ronde et énergique, au visage aimable, mais qui, en fait, appartenait à la catégorie des politiciens dissimulant habilement leur jeu, pour pouvoir frapper plus facilement par la suite. Il avait demandé à lui parler pour qu’elle le prépare à sa mission, ce qu’elle avait fait sans trop renâcler; il n’avait eut qu’à la relancer une fois.

-Mon cher, avait-elle dit depuis son bureau de Hawaii en arborant son sourire écœurant, avez-vous entendu parler de la controverse de Luna, il y a deux ans? Non? Étrange. Il s’agissait justement de déterminer si les Humains génétiquement modifiés, vous savez les fameuses créatures de la Korinium GL, étaient humaines. On avait rassemblé pour cela une belle troupe de religieux, de philosophes, de médecins et de politiques. Et bien, un de résultats des délibérations savantes de cette troupe a été que les Hemlins sont plus proches de nous que les HGM, stricto sensu.

Elle avait sorti une cigarette de sa boite argentée, et l’avait allumé – sans lui en proposer –, avant de continuer:

-Ils ont plus de 99,98% de leur patrimoine génétique commun avec nous. Bien plus qu‘entre une femme et un homme, ici, à Hawaii! Et pourtant, quand vous les verrez, mon cher, vous remarquerez immédiatement qu’ils sont différents. Oh oui, vous le remarquerez.

Lentement, elle avait laissé échapper un rond de fumée. Kosvoran était contre le tabagisme, qui était généralement mal considéré dans les mondes avancés, mais n’avait rien dit, se contentant de la relancer du regard.

-Leur société a évacué la plupart des notions qui nous sont chères. Il n’y a pas d’initiative personnelle ni d’entreprises. Ne dites pas que c’est une société communiste, car c’est faux. J’y viens. Il n’y a pas d’égalité entre les individus, chacun est prédestiné selon les capacités génétiques héritées d’un système de reproduction strict. Et, bien évidemment, l’épanouissement personnel est totalement évacué. Ils n’en ont pas besoin, qu’ils disent!

Elle avait émit un petit rire méprisant, les yeux brillants.

-Nos chers imbéciles heureux de naturalistes en seraient cois, mais force est de constater que leur système marche. Du moins ce que nous en avons vu jusqu’ici. Comme vous l’aurez sans doute constaté lors de vos recherches, la demi-douzaine de missions diplomatiques sur place nous ont permis de rapporter ces informations. Les hemlins ne sont pas très réticents à expliquer leur société lorsqu’on y est. Par contre, pour ce qui est du progrès scientifique, c’est une autre paire de manches…

La navette avait accosté, et le diplomate fut tiré de sa rêverie. En face de lui, la Sina Cika Ghent Rhezza Tyee se tenait, l’air comme toujours sévère, et attendait. Il eut un bref sourire d’excuse - en connaissait-elle-même la signification? -, et la suivit, précédant Lakshmi, qui était devenue un peu nerveuse. Ils étaient dans l’un des complexes, déduisit-il. Pour en avoir le cœur net, il demanda à son hôtesse. Celle-ci ne se fit pas prier:

-Ceci est la station orbitale numéro soixante-deux de Kap Her. Elle est principalement composé de docks de redistribution, de raffineries de minerais et de quartiers de stockages de denrées non-périssables.
-Et… quand allons-nous pouvoir rencontrer les responsables habilités à parler au nom du gouvernement hemlin? demanda-t-il en hésitant.
-Nous nous rendons auprès du Praesidium central du gouvernement, afin que vous y exposiez votre requête. Ensuite, vous vous rendrez dans des quartiers d’habitations réservés. D’ici seize à dix-sept rotations, vous aurez obtenu votre réponse définitive, et je vous escorterais de nouveau jusqu’à notre station-gare extérieure où votre astronef est conservé en stase actuellement.
-En stase…!?

Elle ne répondit pas, car échangea brièvement quelques mots avec un homme l’ayant accosté. C’était un hemlin, portant une combinaison noire et violette. Plutôt grand, au visage maigre, il semblait néanmoins assez sanguin pour ces-derniers - c’est-à-dire moins blafard. Ils parlaient à voix basse, une langue comprenant de nombreuses consonnes dures, ainsi que des sons en « ssch » modulés. Leurs phrases se terminaient sèchement, afin de laisser le temps à l’autre de répondre. Ils ne s’interrompaient jamais. Finalement, la Sina Cika se tourna vers eux.

-Le Sina Jetore Faïr Juwal Iyaj désirerait s’entretenir avec vous pendant que nous nous rendons auprès du Praesidium.

Le nouveau venu s’avança, et déclara, avec un petit accent alien - notion cocasse, se dit le diplomate - durcissant les « t » et les « c » de façon très différente de la neutralité quasi-informatique de l‘autre:

-La Sina Cika m’a déjà présentée. Je suis un Sina Jetore, donc médecin. J’ai lu de nombreuses données au sujet de votre espèce, mais n’ais jamais eu l’opportunité de vous rencontrer.

Il serra affectueusement la main de Kosvoran - en se trompant de main -, avant de faire un baisemain à Lakshmi qui semblait à la fois gênée et sur le point d’éclater de rire. Leur guide, elle observait cela avec détachement. Ils se présentèrent tant bien que mal, mais elle coupa finalement court aux présentations, sans pour autant montrer des signes clairs d’impatience:

-Nous perdons du temps. Il est possible d’effectuer les rituels d’introduction en se déplaçant.

Cela jeta un froid sur les deux émissaires, qui emboitèrent le pas à l’impérieuse femme, mais le Sina Jetore garda son affabilité, en se présentant comme un médecin, spécialiste en neurobiologie.

-Mais, finit par demander, estomaqué par la différence, Kosvoran, comment se fait il que vous soyez si …. Différent de Sina Cika Ghent Tyzza Rhee?
-Sina Cika est une caste, il faut y mettre un pronom définit. Et elle se nomme Ghent Rhezza Tyee, rectifia le médecin, sans se départir d’une expression aimable.
--Oui, mais vous…?

Son sourire s’agrandit:

-Effectivement, peu d’individus parmi les nôtres ont un comportement comme le mien. C’est simplement parce que une fonction empathique a été ajoutée au patrimoine génétique de ma caste, afin de pouvoir honorer au mieux les devoirs d’un médecin. Cela se révèle intéressant pour communiquer avec une espèce comme la votre, qui n’a pas introduit de contrôle chimique des émotions.
-Un contrôle chimique des émotions? Demanda Lakshmi, que cette idée dérangeait manifestement.
-Oui oui, répondit le pétillant médecin, en esquivant plusieurs autres hemlins passant la coursive dans la direction opposée, avant de continuer: cela fait partie des spécialités de ma caste. Chacune a les siennes. Je conviens que la jovialité et l’humour ne sont pas le fort de la Sina Cika Ghent Rhezza Tyee, mais elle se révèle être extrêmement efficace dans ses rôles. Plus qu’un de vos robots ou ordinateurs, et bien plus que vos chercheurs.

Kosvoran serra les dents devant l’offense, mais essaya de n’en laisser rien paraitre. Le médecin parut soudain attristé.

-J’ai dis quelque chose qui ne vous convenais pas.

Bigre, il a l’œil, songea Kosvoran en apaisant les craintes de l’expansif praticien.
Ce fut leur guide qui mit fin à la conversation. Ils étaient arrivés devant une porte banale flanquées de deux Hekuran Bletak. Elle annonça:

-Je viens d’obtenir les informations courantes concernant votre visite. Le Praesidium vous attends.

L’émissaire inspira brièvement, et s’avança vers la porte, qui s’ouvrit. Il entra, suivit de son assistante.
Ce qui le surprit fut qu’ils étaient de nouveau sur un plateau de transport. le champ de maintient s’abattit une nouvelle fois sur eux, tandis que derrière, l’entrée s’éloignait. Ils filaient rapidement dans un couloir sombre. Comme à chaque fois, les mains de Kosvoran devinrent moites, et il se demanda si leurs hôtes de faisaient pas de la déstabilisation psychologique volontaire. C’était une hypothèse.
Après un voyage court, le plateau s’arrêta devant le vide, et commença à monter: au dessus de leurs têtes, une trappe lumineuse était apparue. Ils la traversèrent, et l’étrange moyen de transport s’avéra être exactement assez grand pour la combler et s’intégrer au sol.
Devant eux, il y avait le fameux Praesidium.
C’était dans une pièce sans aucune prétention qu’ils siégeaient, assez grande mais très dépouillées, aux parois, comme ailleurs, d’un gris uniforme. Les murs étaient dans la pénombre, si bien qu‘on les localisait mal, et seul le centre était éclairé. Ils étaient assis derrière une grande table transparente en demi-cercle, Entourant en partie la trappe et les émissaires. Ces dirigeants hemlins portaient des vêtements dont l’unique signe distinctif par rapport aux autres était la bande blanche autour de la taille, ainsi que sur les épaules. Tous avaient le même étrange serre-tête, et des écrans holo flottaient devant eux. Leurs regards étaient froids et professionnels, presque plus que la Sina Cika, Ca n’était qu’après avoir jeté un coup d’œil précis que le diplomate humain découvrit qu’il y avait trois hommes et trois femmes.
Un nombre pair. Toutes les décisions doivent donc se faire à l’unanimité, songea-t-il un peu nerveusement, en réfléchissant à toute vitesse à ce qu’il allait dire.

-Nous sommes le Praesidium du Gouvernement Général Hemlin, fit un homme sur la droite des nouveaux venus, et vous êtes Ambassadeur Cyrus Kosvoran et Assistante Lakshmi Ishikwa. Nous sommes tous ici de la Caste des Mir. Je suis Mir Slator Karet Jejug Raed.

Pas de présentations, donc, songea-t-il, juste avant de se dire qu‘ils parlaient parfaitement sa langue.

-Votre audition durera dix-neuf centi-révolutions, ajouta une voix sur sa gauche, cette fois-ci.
-Je, dit-il en déglutissant, suis mandaté par le Gouvernement de Fédération Terrienne Unie pour requérir une assistance militaire de votre part. Mon gouvernement saura bien évidemment offrir des contreparties désirables en échange de cet investissement. Notre situation actuelle est difficile, car plusieurs forces ennemies occupent notre territoire, mais tant que notre secteur central reste épargné, nous pouvons réagir. Une unique intervention de votre part pourrait faire basculer la situation.

Une femme devant eux s’immergea un instant dans son holo. Ses doigts, visibles sur la table, se mirent à trembler légèrement. Finalement, elle émergea de nouveau. Les autres pontes n’avaient rien dit, ce fut elle qui parla.

-Je suis Mir Ledor Osting Zashak Jumal, commandante spatiale. J’ai analysé d’après vos données ainsi que nos rapports la situation stratégique de votre entité politique. Votre rapport, quoique imprécis et incomplet, est relativement juste.

Il y eut un instant de flottement, comme si chacun s’était abimé dans ses pensées. Puis, une autre voix s’éleva, celle d’un des membres du Praesidium situé tout à gauche:

-Je suis Mir Gjik Bveny Xa Ferrenp, technocrate. Je déconseille toute intervention dans vos conflits inter-espèce. Notre doctrine de stricte neutralité nous l’ordonne.

Ce visage sévère, ce maintient strict, le technocrate ressemblait presque à l’un des mollahs de la terre natale de Kosvoran, l’Iran.

-Nous approuvons l’analyse de Mir Gjik Bveny Xa Ferremp, fit l’homme qui avait parlé en premier. Ambassadeur Cyrus Kosvoran, avez-vous d’autres arguments en faveur de votre proposition?

Quel dialogue surréaliste, songea-t-il. Et tout ce qu’on peut apprendre par l’expérience en matière de diplomatie est totalement inutile, ici. Il examina les limites que le Ministre lui avait fixées, ainsi que les conseils, et se lança sans hésitation:

-Et bien, nous pourrions vous faire parvenir des spécimens biologiques de tout les mondes de notre gouvernement, ainsi que des données historiques, sociologiques, et artistiques, qui feraient avancer vos recherches.

De nouveau, les membres du Praesidium semblèrent se consulter du regard. Une femme à droite répondit, en se présentant sèchement, comme les autres:

-Je suis Mir Slator Syngna Rezaïiv Dvasui, planificatrice. Nos estimations effectuées à l’instant sur base des données disponibles ne permettent pas de conclure que l’intervention de nos unités et le déséquilibre techno-démographique engendré aient une valeur relative égale à celle des données que vous pourriez nous offrir.

Coup dur. Les hemlins semblaient rejeter leur offre. Le premier parla de nouveau:

-Les dix-neuf centi-rotation sont écoulées. L’audition est terminée.

Sous leurs pieds, Kosvoran sentit la trappe se desceller de nouveau. Avant de disparaitre dans le noir, il eut le temps de regarder le temps écoulé sur sa montre: deux minutes quinze secondes.
Ils étaient si parfaits. Parfaits, mais aussi parfaitement exaspérants.

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Andreï M.Mironov
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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Dim 5 Déc - 21:20

Veux mon exemplaire. T_T
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Reza Christie
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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Dim 5 Déc - 21:23

Merci^^

Tu l'auras quand (si) j'aurais terminé & publié^^
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Andreï M.Mironov
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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Dim 5 Déc - 21:31

Mici. ^^

Sinon, très bon, exactement dans la veine que j'aime. Je sens que je vais avoir du livre à lire dans les prochaines années, avec toi et mon amour qui écrit en ce moment. xD
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Héphaistos (Espé)
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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Dim 5 Déc - 22:15

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Syllas
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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Sam 19 Fév - 2:37

Autre extrait. Naturalistes en force!

Désolé s'il reste des fautes, n'ai pas fait plus de trois relectures.


2834

María Ramirez n’aimait absolument pas cette situation. Absolument pas. Le fait d’être considérée, elle et tout le reste de son village, comme un appât, ne lui plaisait pas. C’était dangereux et incorrect. Le padre s’était opposé, et avait demandé aux federalnas de ne pas faire ça, et de se contenter de leurs postes de garde habituels. Mais depuis deux semaines, la garnison de Secus III avait changé. Les anciens du Vème régiment colonial de Secus étaient de gens du crû, qui venaient tout au plus de la capitale provinciale, Secus I si proche.
Mais d’après ce qu’elle avait appris lors de son dernier voyage dans le grand bourg de Santa Monica del Sequoias, l’unique endroit de ce monde disposant d’un spatioport civil, le Vème régiment avait été envoyé bouter les vinciens hors du territoire de leur belle province avec les unioniens, et depuis, personne n’avait de nouvelles.
Les fils du pays avaient étés remplacés par des étrangers, qui venaient d’à peu près tout les horizons possibles, et n’avaient en commun que leur indiscipline et leur rudesse. L’un d’eux, ivre mort, avait un soir déclaré à la taverne Santa Monica qu’ils avaient botté les fesses aux alttoriens sur Secus IX. D’autres sources confirmaient cela: le XIVème corps franc s’y serait distingué au combat contre l’envahisseur alttorien. Cela après avoir pillé systématiquement ses villes de garnison.
María baisa doucement son chapelet, et regarda derrière elle. La rue principale de leur village était désert. De part et d’autre, des façades aveugles montraient que tout les habitants étaient calfeutrés dans leurs chambres, carabine à la main, prêt à défendre leur famille et leur vie.
Tous, sauf elle. Il n’y avait qu’une seule raison à cette stupidité profonde: ils lui avaient promis de faire revenir son fils du front. Son fils, qui était au Vème régiment colonial. Elle s’en fichait de savoir qu’en cette période de terrible crise économique, sa solde pourrait leur manquer. Elle ne voulait que l’avoir auprès d’elle, vivant.

-Seigneur, donne moi la force… murmura-t-elle en se postant devant leur taverne, et en commençant ce qu’elle avait à faire: réparer un des volets, qui s’était fort opportunément détaché durant la nuit. Car, bien entendu, il devait y avoir un appât. Cet appât, c’était leur village, c’était elle.
Ils lui avaient dit qu’ils avaient prévu que leur village serait la prochaine cible des Démons, et depuis que son plus jeune fils, le frère du vaillant Ramon, avait été tué lors des travaux des champs par ces monstres, elle aurait fait n’importe quoi pour se venger. Se venger d’El Lopez, le grand Démon. On lui en avait donné l’occasion. Mais elle n’aimait absolument pas cela.
Quelque chose vibra dans la poche avant de sa chemise, et son cœur de glaça. Ils arrivaient. Les Federalnas avaient donc raison. Elle s’était immobilisée, et se ménagea une seconde, avant de faire ce qu’elle devait faire - et aurait de toutes façons fait sinon: S’enfuir en hurlant ans l’autre direction.
Le bruit des pas sur le sable battu du sol de Buenevista était caractéristique derrière elle, mais beaucoup trop rapide pour être celui d’humains normaux. Du haut de ses cinquante-six ans, elle se sentait tellement lente, alors même qu’elle courait aussi vite qu’elle n’avait jamais couru. Elle allait mourir à cause d’une bête bravade, tandis que tout ces couards tapis là haut survivraient… ou pas?
Criant toujours comme si on l’égorgeait - ce qui pourrait bientôt être le cas, lui souffla brièvement l’aspect le plus pessimiste de la personnalité -, elle termina son sprint en s’engouffrant dans l’unique vraie maison en dur de leur village: l’ancien poste de police, abandonné depuis le début de la guerre, onze ans plus tôt. Derrière elle, les pas se rapprochaient. Et elle sentit quelque chose siffler à quelques centimètres de son oreille. L’anneau vert acéré alla se planter droit dans le mur du bâtiment, avec une violence telle qu’il le traversa. Elle s’arrêta à côté, apparemment prise au piège.
Trois silhouettes apparurent dans l’entrée. Elles semblaient humaines, avec deux jambes, deux bras et une tête sur un torse, mais étaient presque translucides, leurs contours flous, et semblaient n’être composées que d’une brume beige.
C’est alors que les federalnas intervinrent.


L’un des naturalistes était droit dans sa ligne de mire. Cam n’hésita pas une seconde, et enfonça les quatre gâchettes de son arbalète, pendant que tout les autres chasseurs de l’escouade Secus faisaient de même.
La tête du guérillero le plus à gauche explose littéralement, suivie de celle de celui au centre. L’individu de droite se jeta de côté avec un réflexe formidable, évitant deux carreaux, et, avant que Cam n’ait eut le temps de recharger son arbalète, c’est-à-dire d’enfoncer la touche prévue à cet effet et d’attendre trois secondes, il avait lancé tout ses chakrams sur eux.
Ils auraient étés morts si les barreaux des cellules de prison obscures dans lesquelles ils étaient tapis d’avaient pas étés assez solides pour arrêter les puissants arceaux. Deux barreaux se tordirent monstrueusement, et un troisième chakram passa entre, sans toutefois causer de dégâts.
En se mordant férocement les lèvres, Cam tira de nouveau en effectuant un mouvement infinitésimal de la main avant chaque pression sur ses gâchettes parallèles.
L’effet fut spectaculaire. Le naturaliste fut touché aux deux bras et à une jambe, et la puissance à une distance de trois mètres des carreaux de titane était telle qu’il fut projeté contre le mur d’en face, où il commença à se vider de son sang. Au milieu du carnage, María Ramirez observait cela d’un air consterné, le petit chapelet vissé aux lèvres.
Rapidement, d’autres naturalistes arrivèrent, comme les insectes attirés par la lumière. Chaque fois, les sept chasseurs embusqués les tiraient comme lors du tir aux canards, qui avait été accessoirement une passion pour beaucoup d’entre eux, dans une autre vie.
Si les armes à feu étaient relativement peu efficaces - Fred préférait recourir aux fusils à impulsion, qui avait malheureusement tendance à liquéfier les naturalistes touchés -, la bonne vieille arbalète de Cam, avec ses carreaux de quatre centimètres, déjouait les systèmes de nano-adaptations des combinaisons environnementales de leurs ennemis. Celles-ci se trouaient alors aussi facilement que les fins voiles de nanotextiles qu’elles étaient.
Une nouvelle salve tua un naturaliste sur le seuil, et il tomba sur les corps des siens. L’arrivée de nouvelles victimes pour leur abattoir cessa.
D’après les rapports et les estimations, il devait y avoir environ vingt-cinq hommes et femmes parmi le groupe attaquant Buenevista. Là, ils n’en avaient tué que quinze, tout au plus.
Dix naturalistes probablement furax rodant dans ce village bourré de civils. Cam étouffa un « merde » aussi dégoûté qu’inutile, avant de se tourner vers le tireur le plus proche d’elle. Vand tenait son fusil avec une telle force que les veines de ses poignets étaient saillantes. Elle posa doucement sa propre paume gauche dessus, et lui souffla en désignant d‘un petit mouvement du nez le tas de cadavres en combinaisons de camouflage:

-T’inquiète, on s’en tirera. On ne peut pas en dire autant de ceux-là.

Puis, elle tira son petit boitier de communication, et, après avoir enclenché ses circuits, y murmura:

-Terey à Nasseen, je suis au point A, et j’ai liquidé environ quinze assaillants. Les autres ont du se disperser dans le village, demande envoi de renforts et accusé de réception.

En enfonçant une autre touche, elle se plaça en mode réception, mais le communicateur restait désespérément muet. Elle répéta son message, sans plus de succès. Les membres de son escouade la regardaient effarés.

-Et puis merde, fit-elle entre ses dents, avant d’ajouter: vous inquiétez pas, on s’en sortira. ‘ttendez…

Ils se connaissaient depuis trois ans au sein de l’escouade Secus pour les plus anciens, et tous savaient que Cam, même si elle était jeune, ne les avait jamais laissé tomber jusqu’ici. Par contre, venant du reste de l’armée…

-Chef d’escadron Terey à base gamma, chef d’escadron Terey à base gamma, vous me recevez?

Elle n’y croyait presque pas, quand soudain la voix du communicateur grésilla:

-Ici Base gamma, nous vous recevons chef d’escadron Terey. Cette ligne est à usage tactique uniquement, nous vous recommandons de ne pas l’utiliser pour les communications standards…
-Attendez! Parvint à articuler Cam, avant d’expliquer en quelques mots leur situation.

La voix de l’autre côté du « fil » semblait dubitative, mais finit par lui dire un « un instant » exaspérant, qui indiquait tout de même que leur interlocuteur contactait sa hiérarchie.
Après une interminable minute durant laquelle les membres de l’escouade Secus visèrent frénétiquement la porte vide et entrebâillée, ainsi que les fenêtres, uniques accès au bâtiment, une autre voix se manifesta, plus forte, mais plus froide et autoritaire aussi.

-Chef d’escadron Terey? C’est le commodore Syllas qui vous parle.

Elle retint un instant son souffle. L’officier unionien commandant leur petit secteur stellaire avait pour réputation d’être très exigeant, et assez mal embouché par moments à l‘égard des mercenaires de l‘armée de Kragejevic. L’unique fois où elle l’avait vu, il était en train de gronder haut et fort l’un des commandant du XIVème corps franc auquel elle appartenait.

-J’ai compris votre situation, et vous envoie par impulsoplan des renforts, fit à son grand étonnement le commodore, sans avoir exigé plus d’informations, notre base est à plus de six cent kilomètres de votre position, aussi mettront-ils une bonne vingtaine de minutes avant d’arriver.

Après un instant, il ajouta:

-Il y a intérêt à ce que ça soit réellement nécessaire, chef d’escadron.
-Ca l’est, com… commodore, parvint-elle à articuler, nous sommes…
-Mon officier de communications m’a informé de ce que vous lui avez raconté, et cela me suffira. Je lirais le rapport par la suite pour les détails.

Sa voix avait claqué comme un fouet.
Les rapports entre l’Autorité de l’Union des Territoires Eloignés d’Occupation Temporaire - l’AUTEOT - et leur corps avaient toujours étés conflictuels, surtout depuis que le villageois de Secus III s’étaient plaints auprès de Syllas des mauvais traitements qui leurs étaient infligés par le bataillon de Cam. Cela l’agaçait beaucoup, mais elle comprenait que l’homme de l’autre côté de la ligne n’ait pas l’intention de se laisser marcher sur les plates-bandes par une petite chef d’escadron de dix-neuf ans - bon sang, cet homme était déjà dans la Marine unionienne alors qu‘elle n‘était même pas née! - , qui plus est si elle s‘était fourrée comme une idiote dans un guêpier.

-Enfin, fit de nouveau la voix froide du commodore, je ne peux que vous conseiller de rester là où vous êtes, et vous souhaiter bon courage. Cela sincèrement, chef d‘escadron Terey, et à tout vos hommes.

Dans la bouche de cet homme, cela sonnait un peu comme une condamnation à mort. Mais elle le remercia, et après un bref salut, il coupa la communication. Ils étaient de nouveau seuls.
Quelques instants après que la voix froide et distance de Syllas ait résonné pour la dernière fois dans la pièce, l’incendie commença. Le toit était en feu: d’énormes flammes bleues gagnèrent en quelques instants toute la toiture, et des morceaux enflammés tombèrent un peu partout.
María Martinez émit un hurlement de terreur - un vrai cette fois-, et sortit du commissariat en courant. A travers les vitres brisées, Cam et les siens virent comment son corps fut déchiqueté en un instant par plusieurs chakrams volant silencieusement. Sa tête, tranchée net, roula lentement de nouveau à l’intérieur de la bâtisse. La jeune soldate avala difficilement une grosse boule dans sa gorge, fixant les orbites désormais mortes qui leur lançaient un regard d‘outre-tombe.
Il n’y avait aucune autre issue. Ou…si?
Frénétiquement, elle chercha dans la poche de sa veste. Après un instant, Fred, dans la cellule d’à côté, compris pourquoi elle faisait cela, et l’imita, suivi peu à peu des autres.
Ils avaient assez de charges de micro-explosif de jungle pour faire sauter le mur du fond: Cam et Fred quittèrent les cellules les premiers, allant au fond de l’unique pièce en évitant d’être visibles par la fenêtre, et s’improvisèrent artificiers. Les autres les imitèrent, et se postèrent de façon à les flanquer sur l’arrière, et d’éventuellement tirer sur n’importe quel naturaliste qui se pointeraient à la porte. Même si c’était peu probable: ils pensaient sans doute déjà avoir gagné. D’autant plus que le toit menaçait dorénavant de tomber sur eux, et de les enterrer sous une avalanche de poutres enflammées.
Puis, ils revinrent vers leurs cellules précipitamment. En quelques instants, l’explosif s’auto-chargea, et sauta. Toute une partie du mur de briques sales fut emportée, et la bâtisse vacilla. Plusieurs gros morceaux de toiture tombèrent, et ce fut en panique que les sept membres de l’escouade sortirent, braquant leurs fusils alternativement dans toutes les directions.
La ruelle sur laquelle la nouvelle porte du commissariat s’écroulant donnait était tout aussi sale que les autres, et l’arrière donnait sur les champs rabougris des habitants du coin - combien d’entre eux étaient encore en vie? Se demanda l’espace d’une seconde Cam -, séparés par une petite rivière entourée de murets, tandis que les autres bâtiments n’étaient que des maisons basses locales, en pierre sales et en bois qui ne tiendraient pas longtemps face aux armes chimiques et aux frappes fulgurantes des naturalistes.
Elle se posait encore vitale question du couvert lorsque une minuscule boule noire passa entre les câbles de son arbalète, pour continuer sur quatre mètres encore, et s’écraser au sol. Le choc de la déflagration souffla toute l’escouade de chasseurs, et quelques instants plus tard, lorsqu’ils furent relevés, chacun avait la silhouette floue et mouvant d’un naturaliste dans son champ de vision.
Une dizaine, sur les toits, presque insaisissables. Dimitri tira le premier, avec son fusil à énergie, une série de petites salves vers l’un des combattants, qui sautillait comme un enfant dans un jardin, sans paraitre craindre le feu. Grave erreur: l’homme - ou la femme, les naturalistes étant hautement féminisés - eut une détente trop lente de quelques centièmes des secondes, et fut liquéfié par une boule d’énergie grosse comme une tête. Des fragments de chair et de combinaison ensanglantés aspergèrent tout les alentours.
Cam tira un carreau sur chaque silhouette dégoulinante de sang qu’elle pouvait voir, et deux fois sur trois, elle fit mouche: les silhouettes se matérialisèrent soudain, et tombèrent lourdement.
Un sifflement la fit se baisser. Elle avait été sauvée par le corps de Dimitri: pour se venger, un des naturalistes avait visé droit le tireur d’élite. Seule la lenteur de l’anneau ressortant du corps de l’ami de Cam avait sauvé celle-ci. Haineuse, elle fit feu avec les carreaux d’acier dans la direction où revenait le chakram, sans parvenir à rien.
Une nouvelle boule chimique tomba à quelques mètres, et une flamme verte s’approcha si près de la jeune femme que ses sourcils roussirent légèrement. Sans regarder à présent, elle tirait salve sur salve, tout en se retirant précipitamment. Ils laissaient deux corps déjà derrière eux, et se dirigeaient désespérément vers le muret bordant la rivière le plus proche.
L‘un des nouveaux de l‘escouade, Idriss, fut déchiré par un chakram au moment même où il s‘apprêtait à se jeter lui aussi dans le couvert. Dimitri, Sabina et Idriss étaient morts. Les traits déformés de haine, Cam rechargea son arbalète, déplia le bipied du même geste, la posa sur le muret tout en s‘allongeant soi-même. A présent, ils vendraient chèrement leur peau.
Les silhouettes mouvantes avaient disparu, ce qui n’était vraiment pas bon. Allaient-ils surgir derrière eux?
Un léger scintillement lui permis de voir les naturalistes bondissant sur la gauche, essayant effectivement de les contourner. Avec un « yaaaaaa! » retentissant, elle se mit à tirer carreau sur carreau dans leur direction, bientôt suivie par les salves de fusils à impulsion ou d’armes automatiques des autres.
Les silhouettes furent clouées au sol, et seule l’une des sept put jeter son chakram, juste avant d’être emportée par une charge à impulsion.
L’arme vola lamentablement au dessus de ses cibles, avant de tomber dans l’eau du courant.
Une boule chimique noire fila vers eux, mais un tir d’une vitesse extraordinaire de Fred - qui confirmait son statu de meilleur tireur de précision de l’équipe - la fit exploser en plein vol, leur évitant le pire.
Il n’y avait plus que trois silhouettes, qui se dispersaient précipitamment. Cam prit pour cible celle qui tentait de nouveau de les contourner. Trois carreaux, droit dans le front, la transformèrent en pantin sanglant.
Un chakram vola dans leur direction alors même que Cam était encore tournée vers sa dernière victime. Personne ne pouvait rien pour l’arrêter: lancé avec une précision diabolique, il fonçait vers eux, et emporterait probablement la moitié de l‘escouade en enfer.
Ou pas. Un intense rayon rouge le fit fondre en vol, à quelques mètres du muret. En dessous, l’herbe noircit en un instant, et lorsqu’il cessa, toute la terre autour de l’endroit où le rayon avait frappé était nue, couverte de tissus carbonisés, et craquelée à cause de la brûlure.
Les puissants rayons violets d’un paralyseur embarqué prirent le relais, visant sans difficulté les naturalistes, qui malgré leurs technologies maléfiques, étaient vulnérables en terrain couvert, et tentaient de se rabattre vers le village.
Ils n’en eurent pas le temps. Tout deux furent dument paralysés, et tombèrent lourdement au sol, comme des sacs de pommes de terre. La bataille était terminée.
Un impulsoplan se posa au milieu du champ, presque sur le corps de Dimitri. C’était un véhicule aérien dont seuls les unioniens avaient le secret; deux ailes courtes dont l’utilité était faible, et une longue queue lui donnaient un aspect d’hélicoptère, mais la comparaison s’arrêtait là. D’étranges plaques latérales blanc cassés devaient émettre un rayonnement ou une onde anti-G quelconque leur permettant de rester sans difficulté en l’air, sans être tributaire de rotors facilement endommageables ou de réacteurs brûlants beaucoup d‘énergie. Au lieu de cela, il était lourdement chargé d‘armes diverses et variées, de systèmes traceurs, et possédait une capacité de chargement impressionnante. Cam aurait tant voulu que leur corps ait aussi un bijou pareil…
Une portière latérale s’ouvrit, et un torrent de soldats se déversa dehors, pendant qu’un autre impulsoplan se posait à côté. C’étaient des troupes d’élite de l’Union, l’infanterie de marine, armés jusqu’aux dents, et arborant sur leurs épaules des chevrons argentés dont eux seuls connaissaient la signification.
Un homme de haute stature, en uniforme gris assez semblable à celui des autres, mais cependant avec deux chevrons dorés en plus, s’avança vers les chasseurs, qui laissèrent fébrilement tomber leurs armes en bandoulière.

-Je suis le commodore Syllas, fit-il en s’approchant à quelques mètres d’eux, derrière le muret, sur l’espace de terre brûlée.
-Heu…merci, articula Gloire, tout en sachant la bêtise de sa réplique.
-Vous avez de la chance, je me trouvais avec mon unité de cavalerie ailée à la base au moment de votre appel. Sinon, nous n’avons pas d’impulsoplans sur place en temps normal.

Il parlait avec détachement, comme s’il s’agissait d‘un énième tracas administratif.

-Notre gouvernement nous l’a enfin dépêché, après que j’ai passé des mois à le submerger de messages. Enfin…

Il tendit sa main, et aida Cam à se relever. Puis, les conduisit de nouveau milieu du champ, en leur parlant gravement:

-Nos senseurs ont tout juste réussi à capter les rebelles. Vous l’avez échappé de très peu.

Il fit un signe bref et incompréhensible à un officier, qui s’approcha. C’était une femme au visage si sévère que Cam mit un certain temps à se convaincre de son sexe.

-Commandant Stanvanger, chargez tout les corps de naturalistes dans l’appareil deux, et envoyez ensuite tout vers le Kanopus, pour que nous puissions les examiner plus tranquillement. Ensuite, vous direz à vos hommes d’enterrer les villageois et les fédéraux.

Les membres de l’escouade Secus regardaient sans comprendre. Ce fut Fred qui demanda:

-Commodore…vous voulez dire qu’ils les ont tous tués?
-Tous, sans exception, répondit Syllas en le regardant droit dans les yeux. Nous avons scanné le village il y a cinq minutes, et il ne restait à ce moment là déjà plus que vous…et vos poursuivants. Venez.

C’était un ordre, et ils le suivirent, arrivant encore difficilement à se rendre compte à quelle vitesse tout les hommes qu’ils côtoyaient depuis deux semaines avaient étés massacrés pendant qu’eux-mêmes montaient leur mesquine petite embuscade.
Le commodore se pencha sur le corps de naturaliste le plus proche. Trois autres commandos unioniens l’entouraient déjà et avaient saisis ses armes. C’était une silhouette assez grande et carrée en dessous du voile opaque de la combinaison environnementale. Syllas fit un petit signe à l’intention de ses hommes, et tira la cagoule.
Le fin voile se laissa retirer avec un peu d’effort. La tête en dessous était celui d’un tout jeune homme, les yeux fermés, aux lèvres proéminentes et au visage émacié, avec quelques mèches châtain tombant sur le front. Syllas prit à sa ceinture un petit pistolet que Cam ne parvint pas à identifier. Un instant, elle songe qu’il allait l’achever par pure vengeance, mais ce fut un rayon jaune clair qui partit de l’appareil, et frappa sans faire de mal le front du jeune homme.
Instantanément, sous les paupières fermées, commencèrent à bouger, tandis que les mains gantées s’ouvraient et se fermaient alternativement, sans avoir aucune arme à portée. Deux soldats d’infanterie de marine avaient posé leurs pieds sur ses jambes, tandis que Syllas lui-même avait son couteau à froid, presque invisible dans la veste de son uniforme, à portée de main.
Les yeux s’ouvrirent les yeux bruns, enfoncés dans leurs orbites, et contemplèrent l’unionien.

-Où suis-je…? Demanda une voix pâteuse, juste avant de se rendre compte de la réalité.

Il se contracta violemment, sans parvenir à bouger. La lame du commodore arriva tout près de sa carotide, si vulnérable au couteau luisant sans la protection de sa Peau. Cam regardait, fascinée, le visage totalement froid de l’officier: c‘était comme s‘il réglait de la paperasse. Elle l’admirait, mais le craignait.

-Je ne poserais pas ma question deux fois, grinça-t-il, donnez votre identité. Immédiatement!

L’intonation électrisa les membres de l’escouade Secus, et ils furent médusés en voyant le naturaliste obtempérer:

-Je suis un Vivant. Je m’appelle Karis Sucun, et suis né sur le monde maudis de Thémis.

Cam ne compris pas tout de suite, et resta immobile pendant de longs instants. Les autres membres de son escouade s’excitaient un peu à cause du fait qu’il venait de Thémis, mais elle, quelque chose d’autre la gênait.

-Très bien, à présent, vous allez nous donner tout ce que vous savez quant au reste d’entre vous dans le secteur de Secus.

Cette fois-ci, le naturaliste regarda le commodore d’un air buté, manifestement décidée à ne pas livrer toutes les données sur leur mouvement. Sans un mot, Syllas retira son couteau, avant de le faire ostensiblement tournoyer sous les yeux du malheureux, puis s’arrêter net, à la verticale de son larynx. La pointe de la lame faisait très légèrement se plisser la peau du cou. En tant que miséricorde à froid, cette arme était mortelle au contact quand activée. Mais déjà maintenant, elle était redoutable. Sucun fixait le militaire comme s’il s’agissait d’un dangereux serpent.

-Karis! S’exclama soudain Cam, bien sûr!

Le couteau n’avait pas bougé, mais, sans quitter le naturaliste des yeux, le commodore demanda:

-Vous le connaissez?
-Heu… oui, dans une autre vie, répondit la chef d’escadron, je…nous avons vécu dans le même village, sur Thémis, durant notre enfance. Mais il a été détruit par les naturalistes il y a des années, et je n’ais plus revu Karis depuis.

La plupart des membres de l’escouades n’en avaient jamais entendu autant sur le passé de Cam, et la regardaient, indécis. Syllas lui n’avait pas bougé. Il fixait les lèvres du naturaliste, qui bougeaient lentement et silencieusement. Il lui intima l’ordre de parler plus fort, ce qui, après un instant, fut le cas.
Dans un souffle où transpirait la peur, il déclara être tellement désolé qu’elle fasse partie des morts, et qu’il aurait aimé l’avoir à ses côtés. Le visage de Cam se contracta, avant de virer au sourire. Elle désarma son arbalète, et tint la crosse à proximité du visage de son ancien ami, en y désignant des petits traits fait au couteau ou au stylet dans l’acier d’une plaquette vissée à l’arme. Il y en avait facilement une quarantaine, et certains étaient récents.

-Tu vois ça, Karis? Chaque barre représente un des tiens, que j’ai tué.

Il avala doucement, mais pas assez. Un petit filet de sang apparut sous la pointe du couteau du commodore.

-Dites-moi tout donc, ou je pourrais être tenté de lui laisser l’honneur, fit ce dernier, vaguement amusé par la situation.
-Je, commença le naturaliste, avant de s’arrêter et de cligner des yeux.

Une minuscule pression du couteau le fit continuer: il commença à parler, de plus en plus vite, donnant les effectifs qu’il savait, les tactiques prévues, le tout ponctué d’imprécations de certitude en leur victoire. Finalement, épuisé, il laissa entièrement retomber sa tête contre le sol, éloignant la pointe du couteau de sa gorge.

-Vous savez, jeune homme, conclut finalement Syllas, face aux hommes de Track 2, vous ne tiendrez pas bien longtemps. Nous sommes venus à bout très facilement d’ennemis plus coriaces que vous.

Il rangea rapidement son couteau, et se releva, avant de dires aux membres de l’escouade Secus:

-Ils sont drogués et fanatisés par leurs chefs, peu de gens le savent. Cette défroque contient des nanocellules autoreproductrices sécrétant des drogues qui, d’une part, les rendent dépendants, d’autre part, augmentent leur fanatisme et leur témérité. Enfin, face à nous, cela ne servira à rien…

Il se retourna, et fit miner de s’en aller. Cam était assez surprise de sa totale confiance en ses hommes.

-Commodore? S’entendit-elle dire, le faisant s’arrêter et se retourner, je demande la permission de prendre cet individu comme captif pour de compte de la Fédération Terrienne Unie.
-Refusée, fit net Syllas, cet homme sera d’abord interrogé plus en avant par nos services, puis envoyé en camp de travail dans nos confins. Les affaires de prisonniers des fédéraux libérés par les leurs sont trop fréquentes et…

Il n’avait même pas terminé sa phrase qu’il se jetait à terre. Instinctivement Cam l’imita, et cela lui sauva la vie: un chakram passa en sifflant à toute vitesse au dessus de leurs têtes, et ne fut abattu que après par les systèmes des impulsoplans.
Le commodore avait dégainé son unique arme, un pistolet à impulsion SIP unionien, et tiré trois fois au dessus d‘eux, rapidement suivi par les autres membres de Track 2. Avant même que Cam ait chargé son arme, c‘était une vraie tempête de tirs laser, à impulsion et de rafales qui se dirigeait depuis l‘escadron unionien vers les environs. Syllas donnait précipitamment des ordres dans sa com., et courut vers le groupe de soldats le plus proche, où on lui donna un vrai fusil, qu’il épaula, tandis que les chakrams et les boules chimiques noires commençaient à pleuvoir.
Enfin Cam fut prête à tirer, et chercha les assaillants. Pendant d’interminables secondes, elle ne les vit pas. Finalement, une silhouette beige se matérialisa à l’orée de la forêt, de l’autre côté du village, visible uniquement dans le viseur.
Elle tira en espérant que la portée suffirait à tuer. Ce fut le cas; dans une explosion de sang, la partie gauche du torse fut désintégrée. Un autre carreau fut offert à un deuxième naturaliste proche.
C’est à ce moment là qu’elle perçut le mouvement derrière elle, et se retourna à temps.
Karis s’était relevé, et avait étranglé par derrière Fred, qui s’était imprudemment retourné. Cam n’hésita qu’une seconde, et frappa ensuite avec la crosse de son arbalète contre le visage de son ancien ami. Ce dernier lâcha immédiatement sa victime, et recula, chancelant, avant de tomber au sol. Avec la vivacité d’un serpent, il se saisit de la cagoule fine posée à côté de lui, et se la passa sur le tête.
Instantanément, ses contours se firent plus flous. Elle le vit à peine se lever, et se précipiter vers le village. Avec un « merde » retentissant, elle gueula aux siens de la suivre, et se lança à sa poursuite, l’arbalète à la main.
Mais il était beaucoup trop rapide. En quelques sauts il avait rejoint les premiers bâtiments, et grimpé sur le toit d’une maison, puis sauté depuis celle-ci sur une autre. Lorsque l’escouade Secus entra dans la rue du village déserté, il avait disparu.
Il leur avait filé entre les doigts comme une anguille.
Un chakram fila, et coupa net la jambe de Gloire, qui s’effondra au sol avec un cri et une cascade de sang. Cam se retourna et tira au jugé.
Le carreau toucha presque. Il s’enfonça dans le mur de briques sales, à quelques centimètres du coude du naturaliste ayant tiré. Était-ce Karis? Elle s’en fichait. Un deuxième tir, où elle anticipa le mouvement de fuite de l’ennemi, le tua directement, par derrière: il tomba à travers une fenêtre, dans la baraque.
Deux autres chakrams volèrent vers eux dans la petite rue, mais ils parvinrent à les dévier, avant de se lancer en avant, laissant Gloire seule, et de s’engouffrer également dans la petite maison où leur dernière victime en date venait de trouver son dernier repos.
Le spectacle à l’intérieur était répugnant. Les occupants, une petite famille, avaient étés massacrés, même le nourrisson dans sa crèche. Les murs étaient maculés de sang coagulé.
Une silhouette beige apparut dans l’embrasure de la porte, et fut propulsée en arrière par la puissance d’une décharge à impulsion. Lorsque les restes du corps heurtèrent le mure d’en face, ils n’étaient que des lambeaux fumants.
Deux autres naturalistes apparurent, et lancèrent leurs chakrams avant que les chasseurs n’aient pu faire quoi que ce soit. Heureusement, d’autres tirs, en provenance de l’extérieur, fauchèrent les deux, et leurs mortelles armes, transformés en frisbees ridicules, s’en allèrent heurter bêtement le mur à plusieurs mètres à droite de leurs cibles.
Un déluges de lasers et de tirs à impulsion s’abattit sur la ruelle, et les troupes unioniennes apparurent. Les fantassins d’infanterie de marine progressaient avec une régularité mécanique, et semblaient ne pas être importunés par les chakrams lancés contre eux, qui se désintégraient en vol, tandis que les explosions aériennes montraient que les boules chimiques étaient également interceptées.
Avec un « hourra », les membres de l’escouade Secus sortirent de leur abri, et se retrouvèrent nez à nez avec le commodore Syllas.

-Vous n’auriez jamais du revenir ici seul! Les sermonna-t-il entre deux tirs, tout en continuant de progresser vers l’intérieur du village.

Ils se joignirent avec joie au tir, mais s’arrêtèrent après quelque pas.
Gloire gisait au sol, transpercée de toutes parts. Ils l’avaient oubliée dans leur fuite éperdue, et durant les quelques dizaines de secondes que les naturalistes avaient tenu la rue, ils l’avaient massacrée. Cam ressentit de la culpabilité, pour avoir laissé s’échapper Karis, et pour avoir laissé tomber Gloire. Les autres autour d’elle aussi, manifestement.
Après un temps indéterminé, elle donna l’ordre à ses hommes de se retirer vers les impulsoplans en portant la dépouillé de Gloire. Au moins elle verrait son cadavre renvoyé à sa famille…
Portant le corps, ils se dirigèrent vers le champ. Fred à l’avant et Cam à l’arrière, étant les meilleurs tireurs, se tenaient prêts en cas d’attaque, mais ce côté du bourg semblait calme, contrairement à l’autre, où le commodore devait être en train de massacrer les derniers.
Soudain quelque chose de dur effleura sa nuque. Dur et acéré. Elle s’arrêta immédiatement, avec un gargouillis étouffé.
Les autres ne remarquèrent pas, et après quelques secondes durant lesquelles ils s‘éloignèrent, une voix, très basse, souffla:

-Dis un mot et tu es morte. Viens.

Le main saisit son bras, celui avec l’arbalète, et descendit jusqu‘à son poignet. Elle lui pris l‘arme, tout en la poussant de côté. Avec désespoir, elle vit son escouade s’éloigner, inconsciente de ce qui se jouait derrière elle, mais la pression de la lame contre sa nuque l’empêchait de faire quoi que ce soit.
La main la poussa dans une minuscule venelle entre deux maisons, définitivement hors de vue.
Ou du moins, la silhouette beige qu’elle entrevit le pensait. Car soudain la voix glaciale de Syllas traversa l’air, lointaine mais reconnaissable:

-Arrêtez-les!

Les hommes d’infanterie de marine ne se le firent pas dire deux fois: un déluge de feu et de mitraille s’abattit sur le mur devant lequel elle se tenait quelques instants plus tôt. La pression du métal contre sa nuque se fit plus insistante, et le voix étouffée ordonna:

-Cours!

Elle ne se fit pas prier, et commença à sprinter à toutes jambes. Mais elle savait que la lame devait être à quelques centimètres de sa nuque malgré la cadence de ses enjambées, et, lorsqu’elle prit le risque de tourner légèrement la tête, elle vit les troupes de Syllas lancées à sa poursuite, et cela à travers une brume beige presque opaque.
La course fut interminable. A un moment, Cam fut sur le point de trébucher, après avoir heurté un rebord, mais une autre main, ferme, la redressa et la poussa de nouveau en avant. Devant elle, la forêt se rapprochait. Elle pensait avec inquiétude à ce qui l’attendrait à l’intérieur.
Avec une dernière détente, elle et son ravisseur pénétrèrent sous le couvert des arbres.
Le commodore Syllas s’arrêta là, assez essoufflé, son FAM4 prêt à tirer. Mais la chef d’escadron avait disparu dans la dense végétation de Secus III.

-Commandant Stanvanger, grinça-t-il, faisant apparaitre à ses côté l’une des autres poursuivants, vous irez enquêter, afin de savoir lequel de nos hommes a été négligeant et n’a pas vu ces autres naturalistes s’approcher sur les senseurs. Vous me l’enverrez, mais lui signifierez déjà qu’il sera affecté aux travaux de bureau pendant quelques temps.

Elle hocha la tête, et partit vers les impulsoplans, rangés de l’autre côté du village par rapport à eux.

-Cirileis? Demanda alors Syllas dans sa com.
-Oui, commodore? Répondit un homme à l’autre bout de la liaison.
-Au rapport.
-Nous avons pris le contrôle de la partie sud du village, et sécurisé les environs. On ne nous tombera plus dessus, mais il semblerait que la deuxième vague d’assaillant ait surgit après s’être glissée à l’abri du lit de la rivière, déjouant nos capteurs optiques et thermiques, comme d’habitude. Nous nous retirons?
-Négatif. Faites appeler le Kanopus, et demandez-lui de nous envoyer des renforts. Nous tenons quelque chose, je pense. Fin de transmission.

Le commodore releva la tête, et fixa la forêt. Les naturalistes n’avaient pas pour habitude de prendre des prisonniers. Cela ne lui plaisait pas du tout.

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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Sam 14 Mai - 21:58

Une des parties de mon roman se déroulant sur Uransk - l'enfer, en pire.


2836


L’ingénieur-commandante Vietosla Mohakate observa la loque humaine devant elle tout en se massant les tempes. Une odeur infâme de souffre et de saleté s’était engouffrée dans le bureau qu’elle mettait un point d’honneur à maintenir en un état de propreté maniaque, et les traces de boue neigeuse au sol n’avaient fait qu’augmenter son irritation.
Mais ce qui lui avait définitivement donné ce terrible mal de tête, c’était le sourire timide du médecin-chef de la fosse 12, Jakop Meyer. Il portait une épaisse veste fourrée au dessus de sa combinaison de protection standard, et son masque de respiration pendait en travers de sa poitrine. Le brassard médical à son bras droit était assez sale, montrant qu’il était descendu quelques heures auparavant, et pas encore passé à la douche de décontamination.
Mohakate tourna légèrement la tête, et observa le paysage par l’étroite et longue vitre courant sur le côté du complexe administratif. Ou du moins ce qui tenait lieu de paysage: des dizaines de superstructures en forme de derricks - des chevalement dans le jargon du métier -, des blocs-usines bardés de convoyeurs mobiles, des canalisations d’eau sale partant dans tout les sens, et des mineurs un peu partout, allant ou rentrant du travail. Comme d’habitude, la lueur lointaine de l’étoile d’Uransk n’éclairait que le sommet des montagnes acérées, à l’horizon est, et les puissants projecteurs ioniques au sommet des chevalements étaient nécessaires. Pendant les huit autres mois de l’année de cette planète maudite, c’était les ténèbres totales. Ca n’était pas le pire des coins où être muté - il y avait encore Juzno-Litann dans cette catégorie, avec ses sa glaciation permanente et ses surveillants psychopathes -, mais, assurément, n’en était pas moins peu enviable.
Elle songea à son magnifique monde natal. Lüderitz. La troisième composante de l’Union, et, à ses yeux, la plus belle: un monde formé de plus de cent mille îles tropicales ou subtropicales, où la vie était douce et où la société était si évoluée qu’on aurait jamais crû possible que des horreurs comme tout ce qui arrivait ici par chargement entiers depuis les zones en guerre soient possibles. Elle-même était née d’un père issu de la communauté de souche polynésienne et d’une mère dont la famille s’était installée deux générations plus tôt, en provenance de la lointaine et industrielle Tsarysyn.

-Commandante…? Fit la voix timide de Meyer, forçant l’ingénieur-commandante à sortir de sa rêverie.
-Ah oui, docteur…parvint-elle à murmurer en évitant de regarder le mineur, qui était resté debout comme le règlement le demandait, que voulez-vous de moi?

Le médecin se mit à tapoter les doigts de se deux mains les uns contre les autres, avant de dire:

-Eh bien, madame, je viens de superviser la deuxième chimiothérapie de cet ouvrier, et je suis obligé de constater que son organisme est beaucoup trop affaibli pour qu’il puisse continuer de participer à l’extraction. Aussi, en vertu de mon engagement médical, je…

Exaspérée, elle soupira, et le coupa:

-Vous voulez que je le fasse muter ailleurs, c’est ça?

Le petit médecin barbu hocha la tête, tout en ajustant machinalement avec le boitier-Geiger à sa ceinture mag.

-Bon, voyons voir… grinça l’ingénieur-commandante en allumant son ordinateur de gestion administrative.

La machine chauffa durant quelques secondes - ici les systèmes plus sophistiqués utilisés ailleurs ne fonctionnaient pas, à cause de la poussière omniprésente contre laquelle elle ne parvenait jamais à remporter de victoire décisive dans ce bureau -, et la machine intégrée au bureau projeta finalement son holo de départ à quelques centimètre des yeux de sa propriétaire, qui re-calibra l’image afin de l’éloigner un peu.

-Matricule?
-405-247-41, fit Meyer en jetant un coup d’œil à son patient, qui avait sorti un vieux mouchoir déchiré, et entrepris d’essuyer son nez, hors duquel un petit filet de sang coulait.

Le dossier chargea pendant quelques instants, avant de s’afficher. Mohakate passa sa main dans ses cheveux d’ébène afin de rejeter par derrière sa longue tresse, tout en faisant une moue sceptique.

-Vous avez déjà vérifié ce dossier? Demanda-t-elle.
-Heu… juste les paramètres médicaux, qui indiquaient que le sujet était en excellente santé avant son arrivée chez nous, répondit le médecin.
-Et bien, regardez ceci.

Elle effectua un petit mouvement devant l’œil électronique, et l’image holo pivota de façon à ce qu’il puisse voir. On y voyait le visage du mineur, bien moins maigre, les yeux grands ouverts et affichant une expression de défi presque fanatique.
Celui que Meyer avait toujours connu simplement comme Karis Sucun - et encore, il était l’un des rares à les appeler par leurs noms; d’autres médecins se contaient des prénoms, voire des matricules - , avait été naturaliste pendant cinq ans, et avait commis des exactions terribles. Il avait fallu qu’une unité spéciale - dont le nom et le commandant avaient étés mystérieusement effacés - intervienne afin de le capturer. Cela expliquait sans doute les vingt années de bagne auquel il avait été condamné.

-Cela ne joue pas en sa faveur, vous savez, docteur.

Il haussa les épaules, tandis que l’intéressé suivait la conversation, de très loin, le regard fixé sur le modèle réduit de voilier Lüderitzen d’une parfaite propreté posé sur un meuble derrière Mohakate.

-Il est ici depuis deux ans, et n’a montré aucune agressivité. Et j’ai fais serment de protéger la vie; ma conscience de médecin me dicte de venir vous demander cela aujourd’hui.

Machinalement, l’ingénieur-commandante tripota son respirateur, comme pour chasser la poussière qui se serait accumulée sur les délicats côtés intérieurs des filtres et tuyaux servant à protéger le personnel de la mine des particules radioactives qui flottaient dans les conduits souterrains et les fosses. Puis, elle inspira profondément, avant de regarder le mineur dans les yeux.
Il était un tout petit peu plus grand qu’elle jugea-t-elle, et avait une chevelure noire très courte, mince duvet uniquement, caractéristique des individus ayant subi récemment une chimiothérapie - ce qui arrivait assez souvent, ici. Ses mains étaient usées par le travail, et tremblaient légèrement. Il se tenait dans une position un peu voutée, faisant se gondoler sa combinaison de travail sale et partiellement déchirée. Il avait retiré ses épais gants, qui pendaient à sa ceinture, ainsi que son casque, qu’il tenait des deux mains sur le devant, en posture soumise. Mais son regard, absent et lointain, fixait encore le voilier.

-Tu es d’accord avec le docteur Meyer, je suppose? Croassa-t-elle.

Mais il ne répondit pas. Il regardait le bateau jouet sur le meuble, faisant se tourner la tête à l’ingénieur-commandante dans cette direction. Le médecin, l’air confus, déclara:

-Vous voyez le problème? Il a des absences. Cela a déjà faillit causer un coup de grisou au fond de la fosse 12. Il est très faible, mais lucide, lorsqu’il est dans son état normal. Karis…?

Après de longs instants, l’ancien naturaliste émergea. Ca ne fut pas en sursaut, mais tout doucement. Il secoua lentement son casque, et péniblement, son regard alla du voilier à sa supérieure.

-Je disais donc, grinça celle-ci, que vous étiez sans toutes d’accord avec le docteur. N’est-ce pas?

Il opina lentement, avant de dire:

-Le docteur Meyer a raison… je ne suis pas…

Ce débris humain coinça sur le dernier mot, avant finalement de lâcher:

-… pas bien.

Mohakate soupira une nouvelle fois, et tapa quelques lignes sur son système aérotactile.

-Bon, docteur, vous m’avez convaincue. Vous avez de la chance qu’il soit devenu un danger potentiel au fond, sinon je n’aurais pas fait ça.

La petite imprimante sous la bureau métallisé cracha rapidement un papier, qu’elle signa en vitesse, avant de le tendre à ses interlocuteurs.
Le docteur Meyer signa rapidement en dessous de son nom, puis tendit le papier à Karis, avec le stylo à jet, en lui murmurant quelques paroles. Hésitant, le jeune homme réduit à l’état d’épave pris l’instrument, par le mauvais côté, sous le regard exaspéré de l’administratrice, qui ne regrettait tout à coup pas d’avoir fait cela. Elle imaginait cet individu aux commandes d’un tunnelier au fond, et les conséquences terribles que ça saurait pu avoir.
Mon dieu, une catastrophe ambulante, songea-t-elle tandis qu’avec une patience d’ange et un calme olympien, Meyer mettait le stylo dans la bonne direction. Lentement, Karis signa. Sa signature se limita un à « S » à peine ébauché, suivi d’une série de lignes tracées péniblement.

-Ca suffira, fit Mohakate, en reprenant la feuille.

Karis la regarda, un peu indigné, tandis qu’elle copiait le document, l‘enregistrait sur son ordinateur, et en donnait le duplicata à Meyer, ce qui parut le rasséréner. Puis, elle leur accordé congé. Ils quittèrent le bureau, créant une deuxième trace sale sur le sol plastifié.
Elle regarda l’extérieur. Le changement d’équipes était terminé, et les allées de surface étaient vides à présent. Quelques flocons de neige tombèrent, mais elle savait qu’ils n’auraient aucun problème à cause d’elle: ici, il avait beau faire -10 degrés en été, la neige ne tenait jamais au sol.


Ils quittèrent le bureau de l’ingénieur-commandante. Comme toutes les pièces administratives, il donnait à la fois sur un corridor intérieur - réservé au personnel employé, et menant à leurs quartiers, bien isolés et chauffés à l’intérieur de la montagne -, et des passerelles accrochées à la falaise du Canyon central.
La mine d’uranium numéro 4 d’Uransk était un énorme complexe qui s’étendait sur quatre canyons: le canyon central, comme son nom l’indiquait, se trouvait au milieu, et était le deuxième plus grand. Profond d’environ deux cent mètres, son fond était exploité jour et nuit par les excavatrices et les tunneliers. D’immenses chevalements étaient maintenus à hauteur du plateau grâce à des superstructures géantes qui traversaient les cent mètres de large de l’immense crevasse, et servaient à remonter le minerais, qui partait ensuite sur des convoyeurs géants en direction du spatioport, situé à trente kilomètres de là. Le canyon ouest était le plus grand, de loin, avec un kilomètre environ de profondeur et trois cent mètres de largeur, et restait une réserve encore que partiellement exploitée. Le canyon sud était un peu plus petit que le central, avec une profondeur de cent cinquante mètre et une largeur de soixante-dix. Enfin, le canyon blanc était une particularité. Situé un peu en retrait, il était profond de deux cent mètres, mais large seulement de trente. On y avait cessé l’exploitation depuis dix ans, et il était rempli d’eau qui servait au refroidissement des centrales de la mine, et, une fois retraitée, à la consommation.
La mine numéro 4 était un complexe semblable à une idole monstrueuse tapie au fond de ses tabernacles obscurs, qui exigeait la vie de centaines d’ouvriers chaque année.
Ces derniers habitaient des baraques sales installées à la surface, le long du canyon. La fuite était impossible, d’abord parce que Uransk était inhabitée hors des zones minières, et ensuite parce que l’espace sur lequel leur habitat se situait était en fait un plateau entouré de toutes parts d’autres canyons ou crevasses.
Mais depuis deux ans, c’était devenu l’environnement familier de Karis. Tout les matins, il se levait tant bien que mal, ignorant les souffrances de sa tête et de ses articulations, pour enfiler péniblement une combinaison de sécurité trop petite et inconfortable, qui semblait à des années lumière du confort et de la béatitude offerte par une Peau. Le respirateur que l’on devait porter au fond, associé au lourd casque qui terminait de fermer la tête, faisaient qu’à la fin de la journée, on revenait brisé, ce qui était également le principe même de ce bagne.
Les gardes n’étaient qu’une douzaine, et étaient en même temps ingénieurs, contremaitres ou encore responsables administratifs. Il n’y avait pas besoin de plus: toute tentative d’évasion était vouée à l’échec - si encore il y avait eut des esprits assez disponibles pour y songer -, et même, ils ne servaient qu’à régler les litiges entre les ouvriers. Tout le monde savait que les prendre en otage afin de pouvoir partir ne servait à rien: tous avaient en échange de la grosse prime de présence ici signé une décharge permettant au petit bataillon de soldat de l’astroport de tirer sur d’éventuels rebelles.
La majorité du personnel d’encadrement était composée de civils comme le docteur Meyer. Ils étaient moins rudes, mais cela ne signifiait cependant pas qu’ils ne méprisaient pas leur force de travail. Le mépris était juste plus insidieux, plus civilisé. Sauf dans le cas d’hommes et de femmes comme son médecin. Et si l’ancien prêtre était une franche crapule, le nouveau arrivé six mois plus tôt, avait été horrifié par ce qu’il avait découvert, et tenté de faire de son mieux pour faire quitter à ses ouailles l’unique bar de la compagnie - la mine était exploitée par un des plus grands groupes capitalistes de l’Union, le Combinat Industriel d’Askay -, au profit de sa chapelle, avec un certain succès, grâce à plusieurs interventions en faveur des ouvriers.
Il y avait deux ans de cela, Karis avait été envoyé ici au milieu d’un convoi d’autres naturalistes, de détenus de droit commun et de quelques criminels de guerre et espions vinciens. Pendant les premiers mois, il avait pensé que ceux qu’il croyait être les siens allaient le délivrer. Mais personne n’était venu. Personne de ceux-là n’avait essayé de sauver son étincelle de Vie.
Ici, on devait travailler huit heures par jour au fond de la mine, afin d’extraire de l’uranium, du plomb, de l’iridum, du molybdène, et des terres rares, pour la plupart très toxiques. Et si dans le secteur d’habitation à la surface la température était glaciale, au fond, elle était brûlante à cause de la chaleur émise par les machines et tout simplement de la proximité de la lave. Y travailler était très éprouvant, mais ceux qui ôtaient leur combinaison et leur respirateurs mourraient vite et affreusement. Ils commençaient par perdre leurs cheveux, leurs ongles et leurs dents. Ensuite, des traces de cancer apparaissaient partout sur leurs corps, puis, finalement, ils périssaient dans des souffrances affreuses, autant à leurs codétenus toute envie de les imiter par désespoir.
Karis avait beau avoir pris tout les précautions, il avait également été touché, à un niveau moindre. Et le docteur Meyer avait du par deux fois le sauver.
Un autre fléau terrible au fond était les hallucinations. Les puissantes ondes magnétiques, les radiations, la fatigue, le stress et l’oppression que l’on ressentait dans les étroites galeries, tout cela concourrait afin de rendre les prisonniers fous. Karis avait une fois vu un homme se saisir d’un marteau-piqueur à pression, et d’essayer d’éventrer les « monstres cubiques » autour de lui. Malheureusement pour lui et pour ceux qui se trouvaient plus loin dans le couloir, ces monstres étaient les étais en métacier de la galerie. C’était tout juste si l’ancien naturaliste avait pu se sauver.

-Allons, pressez vous, voyons! Fit la voix du médecin.

Il cessa de regarda l’affreuse mine, et traversa à la suite de son sauveur encore une passerelle, puis une autre, avant d’arriver de l’autre côté du canyon, dans le quartier des ouvriers.
Ils slalomèrent entre les baraques sales de préfabriqué. Seules quelques femmes trop affaiblies pour travailler restaient ici pendant les périodes de travail; ceux qui en revenaient étés déjà allés se coucher, les autres étaient au fond. Elles étaient le plus souvent des ouvrières de surface; les femmes pouvaient avoir le choix entre le bas, comme les hommes, ou de travailler à l’entretient des convoyeurs de surface. C’était un peu moins dur, mais pas moins dangereux. Le ruban filant à dix kilomètres/heure pouvait faucher un bras sans difficulté, et une ou deux des femmes discutant sur un banc, avec vue sur la fosse, étaient déjà bien égratignées.
Ils atteignirent la chambre de Karis; elle était ouverte sur l’extérieur, comme toutes les autres, et, une fois qu’il l’eut ouverte avec sa serrure à reconnaissance tactile, Meyer vit qu’elle ne faisait que trois mètres par deux. Une paillasse était posée d’un côté, sale et défaite, avec des taches de sang, tandis que de l’autre, ses maigres possessions étaient placées sur un meuble en tablette vissé au mur, à côté d’une petite chaise.
Quelle misère, songea le médecin, en disant à son patient de ramasser ses possessions. Chaque fois qu’il faisait des consultations « à domicile » cela lui fendait le cœur. Dire qu’il avait pu se plaindre de son propre petit appartement à son arrivée!
En quelques instants, Karis avait ramassé tout ce qui lui appartenait: un vieux porteur de données contenant quelques images holo, un morceau de tissu fin et lisse que Meyer ne parvint pas à identifier, quelques outils et un magazine.
Ils partirent, définitivement. Au bureau des entrées et sorties, le personnel, sur présentation du papier de l’ingénieur-commandante, prirent le respirateur et la ceinture mag. de Karis, mais lui laissèrent sa combinaison. Probablement parce qu’il n’avait aucun autre vêtement, songea amèrement le médecin. Puis, ils lui donnèrent beaucoup de paperasse et un porteur de données administratives
Finalement, il l’accompagna jusqu’à la station de monorail, juste à la sortie du périmètre de la mine. Là, le jeune homme monta dans un des wagons de l’arrière, réservé aux prisonniers, vide pour l’instant, car se dirigeant vers le retour. Il lui expliqua ce qu’il faudrait présenter comme papiers au spatioport, et à qui.
Finalement, Meyer regarda s’éloigner le train presque vide le long de son rail aérien, vers l’horizon tourmenté d’Uransk.

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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Ven 24 Juin - 9:32

Voici quelques extraits de mes écritures, les deux premiers sont de mon précèdent roman inachevé d'un petit 400 pages ("Réminiscences"), les deux derniers de mon roman actuel, de 500 pages (écrites plus petites^^), "La gloire et la puissance" (titre provisoire... je n'ai pas d'idée! Juste des trucs médiévaux qui me viennent à l'esprit, je dois trop lire l'histoire des croisades...), qui lui est bien en chemin. L'univers a subi quelques changements entre ces deux versions, notamment dans la position des Badlands.
La deuxième moitié concerne la FTU et les sociétés trans-spatiales fédérales, mais montre un peu quel type d'activités glauques elles mènent.

Bonne lecture à ceux qui auront ce courage!



Extrait de "Réminiscences"




L’avenir est en marche. Au final, malgré nos craintes et nos tentatives pour l’influencer, il est inexorable.
Amiral Korigan Cetreçesçu, Paroles.


-- -- --

Extrême sud des Badlands d’Acre
La dernière porte blindée alors entrouverte donnait accès à une immense salle souterraine aménagée en base militaire , où déjà une douzaine d’impulsoplans, ailerons repliés, attendaient sur une rampe bétonnée, au milieu de l’activité grouillante; des hommes en armes circulaient, transportaient des caisses, préparaient l’expédition, depuis les entrepôts adjacents. Sous l’immense voute, une série de plates-formes métalliques donnaient une vue plongeante sur ce spectacle dantesque. Lubbock et Jarren s’avancèrent sur la superstructure métallique en laissant la porte se refermer doucement derrière eux, replongeant lentement dans le bain de leurs souvenirs. Ils se seraient crus revenus un quart de siècle en arrière, alors fringuant et jeunes militaires dont l’avenir semblait ouvert à tout. Et le Ras, qui n’était pas du tout le même homme que l’on voyait un pas derrière l’amiral Von Heigins lors des célébrations officielle, austère et vide, prononçant des discours d‘une voix sèche où la puissance d‘autrefois perçait néanmoins. Enfin, il ne serait pas là, aujourd‘hui.
Ils avaient traversé sans se rendre compte la moitié de la salle par le passage aérien, et venaient d’arriver à la petite plate-forme à partir de laquelle un escalier hélicoïdal descendait vers le sol, quand ils virent une silhouette accoudée à la rambarde, paraissant rêver. Ils se rapprochèrent d’elle, sa voix s’éleva doucement:

-Bonjour les gars…ça f’sait longtemps, n’est-ce pas?

Elle se redressa, et se retourna. Ils découvrirent…

-Ishaa! Ils t’on sonnée toi aussi! S’exclama Jarren, en fixant l’uniforme gris-noir sur lequel quelques chevrons argent indiquaient le grade de commandant de vaisseau, puis le visage doux et allongé encadré de cheveux brun sombre fendu d’un petit sourire.
-Et c’est qu’t’a t’nu parole, et pris du galon, ajouta Lubbock, les yeux à moitié fermés.

Ishaa Stavanger leur fit signe de la suivre dans l’escalier tournant, et confirma, toujours de sa voix paisible:

-Oui, j’ai tenu bon, même après l’histoire d’la dernière fois. J’étais sur le Kama, et ais reçu c’t’appel urgent du type là, Custer, comme quoi il fallait faire r’venir la cavalerie.
-Pareil, ajouta Lubbock, quelle galère, moi qui m’étais juré de plutôt crever que d’y retourner…

La commandante eut un petit sourire, et jeta un coup d’œil par-dessus la rambarde, dans la dizaine de mètres de vide qui les séparaient encore du sol, avant de dire:

-Tu n’as pas changé, Stepan. Mais y a encore moyen d’faire.
-Ishaa, tu n’saurais pas par hasard qui est aux commandes, vu qu’le Ras n’est plus là? Demanda Jarren avec instant de silence uniquement troublé par les cris brefs qui retentissaient de temps en temps en bas, et le grincement de leurs pas sur le métal de l’escalier.
-D’après ce que j’ai compris, ça sera Cirileis, ils ne vont pas faire venir des nouveaux de toute façon. Pour Faiel…ya une drôle d’histoire, assez sordide, qui court parmi les officiers dans la marine. On n’a même pas retrouvé son vaisseau, un cauchemar ça.

L’archiviste de la Sûreté acquiesça, même si les autres ne pouvaient le voir car il était derrière eux. Sur ces bonnes paroles, la descente se poursuivit sans qu’on devise, jusqu’au terre-plein. Là, Ishaa se sépara d’eux un instant avec un sourire doux. La plupart des anciens d’la Cavalerie étaient d’accord sur le point qu’elle irait loin, et c’était ce qui était en train de se passer. Certain disaient même qu’elle le méritait plus que le reste du ramassis de soldats vieillis et traumatisés qu’était devenu la LXIème de Cavalerie Ailée, mais c’étaient des calomnies.
Les deux compères attendirent patiemment, examinant les impulsoplans de combat Condor V « Hekate », des modèles tout neufs issus des dernières technologies de maîtrise antigravitationnelle, d’aérodynamisme et de combat air-air et air-sol. De vrais petits bijoux, sur les flans desquels des renflements à peine suggérés indiquaient la présence de tout une panoplie d’armes de tout genre, et d’autres dispositifs qui devaient leur faciliter la tache. L’intérieur, spacieux et d’apparence confortable—ce serait une première dans l’histoire de la Cavalerie—, était tout équipé. D’ailleurs, quelque chose leur disait qu’ils ne trouveraient pas ces modèles ailleurs.
Rapidement, ils virent des visages connus apparaitre parmi les personnes présentes, la plupart en uniforme d’intervention déjà—le leur devait être dans les vestiaires ici, attendant patiemment depuis la dernière fois—, qu’ils saluèrent. Ils le leur rendirent, mais il n’y avait néanmoins pas de chaleur. La plupart des gens ici n’avaient pas eut le choix de venir, et probablement enterré cette partie du passé, ne souhaitant aucunement le voir ressurgir. Quand on a des femmes — ou maris — et des enfants, une vie, et qu‘on sait qu‘elle peut s‘arrêter à tout moment à partir du moment où le message de T2 arrive, on n‘est guère enthousiaste.
Finalement, Ishaa revint, une arme en bandoulière, une fusil d’assaut long, au design effilé et métallisé presque aérodynamique, sur le côté duquel une sorte de cellule allongée brillait doucement d’une lueur jaune, barré par trois barrettes de métal. La crosse, également en duranium, était manifestement laquée de plaques neurocorticales sans qu’il n’y ait de gâchette apparente.

-Bienvenue dans l’ère de la modernité, déclara l’heureuse propriétaire de l’étrange fusil, finit nos bon vieux FAM1 qui désintégraient tout ce qui passe à portée de tir sans distinction, j’vous présente son p’tit frère, le FAM6.

Lubbock fit une tête abasourdie, en examinant l’apparition sous toutes les coutures, son nez bougeant doucement comme s’il essayait de le renifler, tandis que Jarren se contentait d‘une moue méfiante face à ce gadget. Finalement, alors qu’ils se mettaient en routes vers les quartiers, le mercenaire dit sur un ton toujours troublé:

-Je pensais que le seul projet dans les cartons était le…FAM5. Et juste pour quelques truc privilégiés, mais même pas encore en phase d’essai.
-J’ai été aussi surprise que toi en voyant cette petite merveille, Stepan, le rassura Ishaa, mais ça sera cette fois-ci un de nos meilleurs atouts si ça tourne comme y a onze ans. Les charges Tachyoniques que tire ce truc traversent tout, même des dizaines de mètres de blindage, pour exploser au corps de la cible. Et avec une sacré puissance. Devant un truc pareil, il n’y a pas de couvert, on peut juste se rendre ou crever.

Lubbock siffla.

-Avec ça j’comprends qu’les ténors n’veulent pas qu’on en entende trop parler. Si j’avais un truc pareil en…
-Tss, tu n’as pas changé, vraiment, l’interrompit la commandante, de nouveau souriante, mais t’dois t’douter qu’on rendra sagement tout c’t’attirail à la fin d’la mission, et qu’on tachera de l’oublier. Enfin, ça dépend, si tu tiens à ta vie…
-Si on s’en sort cette fois, corrigea Heinz Jarren, sans même regarder Ishaa, fixant le mur grisâtre qui lui rappelait déjà certains souvenirs désagréables — euphémisme, ce qui fit passer un frisson au dessus de la nuque de celle-ci.

Elle avait en effet entendu que Heinz s’était aigri au cours des années passées sans promotion ni actions aux archives de la Sûreté. Lui, qui avait été tout ceux de Track 2. Quelle ironie cruelle, elle aurait bien voulu l’aider d’une façon ou d’une autre, mais déjà elle avait de nombreux problèmes à régler. Enfin, à son retour—elle ne se permettait pas de douter de ne pas revenir—elle embarquerait sur le Kama avec tout l’équipage qu’elle connaissait déjà bien, et le capitaine Rudolf Herre qui s’était avéré un bon soutient et un ami indéfectible, et partirait suivant les ordres en éclaireur en galaxie 10. Faire partie des premiers à explorer une galaxie que le Plan avait décidé de libérer à la colonisation, ça a été un rêve d’enfance, et allait se réaliser. Elle refusait de se faire tuer en avance par une terreur ancestrale, et même, si elle mourrait au combat, c’est qu’elle n’avait pas eut le choix. Bien entendu, elle ferait tout son possible pour s’en tirer, et avoir le privilège d’explorer des contrées encore totalement inconnues, revenir au pays après une carrière bien remplie, et ensuite…Et bien, faire ce qu‘elle veut, tranquille. Tout un programme.
Tout en pensant cela, et devisant distraitement avec ses vieux amis—ils étaient même dans Track 2 depuis avant qu‘elle n‘y entre, à l’époque de l’incident de 59, quand tout avait commencé, mais elle était montée en grade, alors qu’ils étaient partis de l‘armée—, ils arrivaient devant les locaux du LXIème de Cavalerie, au fond de la caverne naturelle aménagée, là où des parois rocheuses se dégageaient des murs de bétons et donnaient une idée de la taille de ce qui se cachait encore derrière du complexe. Sans hésiter, elle monta la rampe menant à l’entrée, et passa la porte blindée ouverte. L’intérieur était une long couloir de béton nu, éclairé par des lampes collées au mur gauche, et reliée par un fil électrolasmique. Ils durent s’écarter pour laisser passer des hommes chargés d’une lourde caisse hâtivement fermée. Cela intrigua Ishaa; elle apostropha avec quelques secondes de décalage l’un des déménageurs d’élite:

-Attendez!

Ils s’arrêtèrent, celui qui leur tournait le dos se retourna:

-Oui, commandante?
-Qu’est-ce que vous transportez là? Je pensais que tout avait déjà été chargé.

Ils échangèrent un bref regard, et ce fut l’autre, plus petit et très brun, qui répondit:

-C’est le capitaine Cirileis qui nous a dis d’emballer ses effets personnels et de les mettre à la consigne.

Ishaa eut une expression mystifiée, et après quelques secondes, le premier déménageur demanda s’ils pouvaient continuer. Elle acquiesça, tout en se demandant qu’est-ce que c’était que ce cirque. Elle consulta ses deux amis du regard, et ils confirmèrent muettement ses doutes. Tout trois pressèrent le pas, passèrent deux portes blindés, et tournèrent à gauche dans le couloir central. Elle s’arrêta devant la première entrée qu’il rencontrèrent, et l’officier de garde frappa au battant, doucement. Une voix fit un « entrez » bref, et ils obtempérèrent.
C’était un bureau, relativement exigu. Sur les murs, de grandes armoires occupaient beaucoup d’espace, ainsi qu’un générateur électroplasmique dans un coin. Le seul mur vierge se trouvait derrière un petit bureau pouilleux de duranium sur lequel reposait une autre caisse semblable à celle qu’ils avaient vu plus tôt, ainsi qu’une grande quantité de bibelots, d’appareils électroniques et porteurs de données, ainsi que des papiers. Sur l’unique chaise de bois était assis un homme maigre au dos vouté, l’uniforme flottant sur ses épaules, le visage creusé et ceint de quelques rides précoces. Il releva le nez de sa besogne en les voyant entrer, et il eut un regard bienveillant.

-Ah, Heinz, Lobbock, cela faisait longtemps. Ishaa! Je suis content de vous avoir vu au moins…

Cirileis avait toujours mal prononcé le nom de Lubbock, soulignant un o inexistant à cette place là. Mais le mercenaire respectait beaucoup celui qui avait été son mentor, et lui avait sauvé la vie jadis. Mais déjà, Ishaa lui demanda brutalement:

-Mais qu’est-ce que sont ces caisses là que vous mettez à la consigne? Vous ne…
-Oh que si, commandante Stavanger.

Il se releva, contourna son bureau, sans laisser toutefois Ishaa de se reprendre pour autant, et alla jusqu’à la dernière armoire fermée. Il l’ouvrit, et en tira quelques paperasses restantes, revint sur ses pas, et les jeta sans plus de précaution dans la caisse, soulevant un petit nuage de poussière.

-Vous savez, Ishaa, continua-t-il en utilisant une dénomination plus informelle, depuis les dix ans que je suis ici, j’ai eut le temps de réfléchir. Réfléchir beaucoup. J’ai demandé cette nomination, et le Ras m’avait prévenu, mais j’ai insisté. Ca s’est révélé être un « cadeau » empoisonné que je l‘ais formé à me faire.

Il entreprit de fourrer sans discernement tout ce qui restait dans la caisse, dans laquelle le niveau de ces trouvailles archéologiques se rapprochait dangereusement du bord, reprit son souffle, et continua:

-J’ai réfléchi, donc. Il fallait quelqu’un pour faire ce boulot, mais il m’a sucé dix ans de ma vie, telle une sangsue. Maintenant, je n’ais plus de sang. Ma famille n’existe probablement plus, je n‘en sais rien en fait. J’ai longuement médité sur ce jour, car je savais qu’il arriverait, où ça recommencerait, mais je me rends compte qu’aujourd’hui, je n’ais plus la force. Track 2 était ma famille, mais je n’ais pas su être digne d’elle en quelques sortes.

Les deux soldats déménageurs entrèrent sans se faire annoncer, s’approchèrent de la caisse, qu’ils soulevèrent sans trop de problèmes. Mais alors qu’ils étaient sur le point de partir, Cirileis les arrêta d’un geste, et se releva de nouveau, et alla doucement jusqu’à eux. Puis, il prit, toujours très lentement, sous les yeux des trois anciens, la bague de fiançailles dorée qui était à sa main, et la posa au sommet de la caisse. Sans que son expression ne change, il donna ses instructions au sergent:

-Vous emmènerez tout cela à l’incinérateur atomique, et l’y jetterez.

Le soldat le regarda un instant, et finalement, réussit à dire un « oui, capitaine » étranglé, avant de sortir avec son collègues.

-Mais à quoi tout cela rime-t-il, Francis? S’exclama Jarren, entre l’incrédulité et un étrange regret, tordant nerveusement ses mains.

Le capitaine marcha tranquillement jusqu’à son bureau, et s’installa sur la chaise, qu’il repoussa en arrière, tranquillement, le visage serein.

-Heinz, je t’ais toujours beaucoup estimé. Tout comme toi Stepan, et aussi toi, Ishaa, tu as d’l’avenir, on l‘a t‘jours dit.

Il ouvrit son tiroir avec un sourire étrange, et en tira son arme, un SIP à impulsion parfaitement entretenu, brillant d‘un noir éclat dans la lumière de la vieille ampoule ionique qui était la seule source d‘éclairage de la pièce, qu’il chargea d’un geste vif, avant que quiconque n‘ait eut le temps de dire un mot.

-Qu’est-ce…haleta Ishaa en avançant d’un pas, puis s‘arrêtant, paralysée.

Le sourire de Cirileis se fit bienveillant:

-Vous pourrez dire au Ras que je suis mort à mon poste.

Et, avant que la commandante n’ais réussi à se jeter sur lui, il se tira une décharge à pleine puissance dans le crâne, qui en fut pulvérisé.


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Badlands d’Acre

Après cinq minutes de descente, le terrain commença à revenir à l’horizontale. Quoique toujours formé de galets, de sables, et de grosses pierres, il était plus praticable car les fissures s’espaçaient. La petite caravane était bien plus nerveuse et prudente depuis ce qui était arrivé au gars qui était tombé plus haut, et même Hel s’est surprise à regarder à deux fois où elle mettait le pied. D’ailleurs, Lubbock leur avait fait faire plusieurs grands crochets pour éviter des passages peu praticables, et finalement, il y eut un petit relâchement dans la tension quand ils furent arrivé au fond. Les ténèbres y étaient toujours aussi épaisses, et le silence oppressant, mais l’impression d’avoir passé le pire flottait dans l’air entre les miliciens. Néanmoins, Janeshki et Hel d’une part et le mercenaire d’autre part ne semblaient pas gagné par ce sentiment, et restaient sur leur garde. Finalement, Lubbock s’était avancé, et avait déclaré à voix haute:

-On est au fond du cratère.

Scaliger s’était avancé jusqu’à lui, et avait lancé un coup d’œil circulaire, éclairant les alentours avec sa torche. D’abord, il ne trouva rien de nouveau, que des cailloux, puis, en regardant de plus près au sol, il remarqua quelque chose, et s’en approcha. Intrigués, les deux motards l’imitèrent. Il y avait quelque chose au dessus des cailloux, une couche étrange, transparente, et lisse, ponctuée par endroit de métal. Lubbock, qui les avait rejoint, fit d’une voix pas complètement assurée:

-Ca pourrait bien être du duranium au troisième stade chimique…quand on le chauffe trop, il devient transparent…

Le chef de clan tourna la tête vers lui, mais le mercenaire haussa les épaules en ajoutant:

-Je n’ais pas été à l’unif pour en savoir plus, c’est c’qu’on nous a dit dans l’temps, voilà tout.
-Mais si y a du duranium…C’est que les installations sont pas loin, poursuivit Scaliger, recommençant à prospecter les environs, tournant autour du groupe. Le manège dura de longue minutes dans le froid manifeste du fond, et le silence n’était percé que par les bruits effrénés des pas d’Antonelli, et les conversations à voix basse des miliciens qui, rassemblés en troupeau autour de celui des leurs qui avait le deuxième projecteur, lançaient des regards méfiants dans les ténèbres. Lentement, Hel se demanda qu’est-ce qu’elle faisait ici, au fin fond de nulle part, dans des ténèbres qui étaient tous sauf rassurantes, avec Antonelli Scaliger, à chasser les galets…

-Par ici! J’ai trouvé! Cria tout d’un coup ce dernier, qui s’était éloigné d’une trentaine de mètres au point que son projecteur était devenu un minuscule lampion.

Ils le rejoignirent en courant, pas saccadés et silencieux sur l’étrange revêtement de duranium du sol, et arrivèrent derrière. Une auréole de lumière issue de la torche éclairait une minuscule entrée pratiquée dans un mur de béton affleurant à la paroi opposée à celle avec laquelle ils étaient venus. C’était totalement désolé, d’un gris tombant lentement en décrépitude, et légèrement rouillé sur le métal du battant. Seul se détachait, écrit en un jaune encore vif comme au premier jour dans la lumière, l’avertissement: « ZONE DE DANGER EXTREME - ENTREE INTERDITE - TIRS SANS SOMMATION ». A sa vue, un malaise passa parmi la troupe massée derrière Scaliger, qui eut un mouvement de recul inconscient. Les ténèbres, la profondeur, l’éloignement, et maintenant cela, ça travaillait les nerfs, et pas grand monde n’avait envie de jeter un coup d’œil à l’intérieur de ce qui était estampillé comme cela. Mais déjà l’homme de la pègre avait fourré le projecteur dans les mains d’un de ses miliciens, et s’attaquait au verrouillage. A contrecœur, tous se rapprochèrent, comme craignant que la violation d’une sorte de périmètre sacré jette une malédiction obscure sur eux.

-A les salauds, c’est bien fermé leur machine, gargouilla Scaliger en appliquant un couteau magnétique contre l’emplacement du verrou, puis un peu plus haut, avant de faire un gros efforts pour soulever, comme avec un pied de biche.

Après de longs instants comme cela, désabusé, il fit un pas en arrière, furieux d’être tenu en échec par un vieux battant rouillé et une serrure de l‘armée. Après avoir proféré à voix basse une menace contre icelui, il se retourna vers Janeshki, qui avait suivi tout cela les bras croisés, jaugeant les chances de réussite:

-Essayez d’ouvrir cela, bordel de bordel!

Relevant le ton employé, mais ne disant rien, le hetman s’approcha de la serrure, et l’observa pendant plusieurs instants, battant des paupières avec intérêt. Quelques pas derrière, sa jeune amie, adossée au mur, regardait la manœuvre, l’air sceptique, une main sur sa hanche, sceptique quand aux chances de réussite.

-Hum… c’est un verrou à barillet magnétique rotatif, pas très récent. Ca date au moins d’y a quinze ans, expliqua finalement le motard, passant ses gantés dessus, mais on dirait qu’il a été endommagé il y a moins longtemps.

Scaliger, entendant ça, avait sauté en avant, et s’était accroupi, pour vérifier ce disait Janeshki, qui détailla:

-Ca se voit pas vraiment; on l’a fait sauter au couteau laser, un seul rayon entré avec précision jusqu’au cœur du dispositif…
-C’était du beau boulot, voyez bien qu’j’m’y connais, fit soudain une autre voix derrière eux, celle, amusée, de Lubbock, car c’machin, c’est moi qui l’ait foutu comme ça.

Ils se tournèrent leurs têtes vers lui; il était là, debout, en train de les regarder.

-Et comment ça s’ouvre, c‘truc? Glapit Scaliger, que le manque de coopération du mercenaire hérissait.
-Comme ça…laissez-moi passer les enfants, répondit avec un petit sourire cruel et ironique Lubbock en les écartant sans ménagement, et se plaçant devant, regardez-moi bien.

Antonelli, depuis le côté, fixait la serrure, pendant que Janeshki, au contraire, s’éloignait de la porte. Le mercenaire avait tendu la main, tapoté le petit carré de métal qui était la seule manifestation extérieure de verrouillage, puis, referma son poing, et assena, tout droit et d’une seule fois, un puissant coup en plein dedans, qui fit trembler le battant sur ses gonds invisibles.
Et alors, au plus grand étonnement de tous, il y eut un grincement, et, lentement, la porte blindée s’ouvrit, sur l’extérieur, d’un mouvement lent et régulier. Scaliger, d’abord abasourdi, arracha violement la torche au milicien à qui il l’avait confiée, et éclaira l’intérieur, tandis que les autres restaient béat devant la simplicité brutale de la méthode d‘ouverture. On voyait les cinq premiers mètres d’un couloir, bétonné et vide, sans la moindre lumière. Une étrange odeur en sortait, qui n’était pas sans rappeler celle de l’alcool à brûler pur qu’utilisaient certains à Kamensk pour faire flamber les aliments, dans la tradition gastronomique masochiste comprenant en plus des piments à côtés desquels ceux de Mosta n’étaient qu’aigre-doux, et qui mettaient à genoux les criminels les plus endurcis, faisant la célébrité de la cité en dehors de sa place entre temps bien assise dans la rubrique des faits divers et de celle dans le monde des maisons publiques, drogues et trafics. Mais, déplacée ici, cette odeur avait quelque chose de profondément inquiétant, déstabilisant. Un grognement de Lubbock, qui avait vu les marines bouger, s’éleva:

-C’que vous sentez là, mes p’tits choux, c’est c’qui reste d’la stérilisation d’la dernière fois. Et j’vous assure, c’est pas c’que vous croyez qu’on a pulvérisé.
-Est-ce que c’est encore dangereux? Demanda le hetman, un peu préoccupé.
-Après tout ce temps, plus vraiment, sauf bien sûr s’il y a des gars d’jà sacrément éclopés parmi vous. Mais t’façon, moi j’continue plus. J’vous ais montré l’coin, j’ai rempli ma part du contrat.

Antonelli avait brusquement tourné la tête vers le mercenaire, et le fixait, le regard en feu:

-Comme cela? J’crois qu’j’ai mal entendu là

Lubbock se campa solidement sur ses deux pieds, juste en face de Scaliger et de l’entrée. Sa silhouette trapue faisait comme un rocher qu’on n’aurait pu bouger.

-T’as très bien entendu, j’fais pas un pas d’plus. Même les flingues de tes gars pourront pas m’forcer à entrer là-d’dans. D’ailleurs, si t’avais encore un p’tite morceau d’cervelle, t’mettrais les voiles tout de suite.
-Tu crois ça?

Le chef de clan s’était rapproché de plusieurs pas, et tendait le couteau magnétique, toujours activé, juste sous le nez du mercenaire, qui le regardait calmement, avec détermination.

-Oh oui, et toi, t’m’étonne que tu n’le crois pas après c’qui est arrivé à ton mec plus haut.

Un spasme de colère violente traversa le visage d’Antonelli, et le couteau, à quelques centimètres de le gorge de Lubbock, vibrait dans sa main. Mais il parvint à se dominer, et lâcha sur un ton profondément chargé de mépris:

-Casse-toi, salopard, et qu’tu croise pas un fois encore mon ch’min, sinon, j’te charcuterais.

Le mercenaire eut un sourire amusé qui ne plut pas du tout à Scaliger, mais avant que ce dernier n’ait le temps de l’insulter de plus belle, il avait déjà tourné les talons et s’éloignait à toute vitesse, sortant une toute petite lampe d’une de ses poches. Bientôt, lui, et le point lumineux de sa lumière, avaient disparus, avec un dernier ricanement.

-Et t’a pas intérêt à piquer l’bateau, siffla à voix basse Antonelli en fixant l’endroit où il se tenait auparavant.

Puis, il jeta un coup d’œil aux hommes de mains. Ceux qui affichaient des expressions incertaines, et échangeaient des regards à la fois entendus et inquiets. Finalement, l’un d’eux s’avança, et fit, d’une voix un peu intimidée:

-Ecoutez, patron, v’savez, ça ne nous dit rien d’entrer là…
-La ferme! Gueula Scaliger, avant de répéter, faisant de grands mouvement avec son arme encore active, presque hystérique, la ferme, la ferme! On va entrer dans s’trou, même si c’est pour crever, compris, bande de saletés de trouillardes et d’salopes d’ingrates! Pour quoi je vous paye à la fin!?

Cette petite tirade, prononcé sur un ton sans équivoque, fit taire les remontrances du personnel, mais pas son inquiétude. Maintenant, il n’allait plus être très coopératifs. Néanmoins, il se retourna vers les motards, encore furieux:

-Vous deux, en tête, et c’ça saute. On a assez perdu d’temps comme ça!



Extrait de "La gloire et la puissance" (titre provisoire de mon actuel roman)


Or, la Terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme et un souffle de Dieu agitait la surface des eaux.
Genèse, I, 2


2828

Le commandant Antek Vashensky était un homme brisé. Brisé par ce qu’il vivait depuis quatre ans. Brisé par l’angoisse permanente depuis trois. Brisé par la situation actuelle.
Lorsqu’il avait pris les commandes du Roger Bacon, en 2824, les histoires de soulèvement dans les districts traditionnellement peu coopératifs de Hestia et des environs n’étaient que des soucis lointains qui l’avaient tout au plus conduit à changer de cap pour ses voyages en espace profond.
Par contre, depuis que Vincus et Alttoria soutenaient en sous-main les rebelles, et que ceux-ci avaient fait main basse sur des vaisseaux fédéraux, la menace était devenue réelle. Il avait du passer son temps à louvoyer pour éviter les patrouilles, à faire des crochets gigantesques afin de rallier des bases de ravitaillement demeurées loyalistes, à corrompre des commandants rebelles.
Ca n’aurait rien été bien entendu si il n’y avait pas eut ce qui se passait dans la section avant du Roger Bacon. Ce dernier était un cargo de classe Magadan reconverti, avec une section arrière réduite, comprenant une passerelle, les quartiers de l’équipage, la salle des machines et la réserve, et une section avant habituellement composée de vastes compartiments vides dans lesquels on stockait la marchandise.
Le problème, c’était qu’ici l’équipe des scientifiques de Korinium GL du professeur Deen se l‘était accaparée, et en interdisait l’accès aux hommes de Vashensky. Deen elle-même se montrait passablement peu coopérative - en un mot, elle était insupportable et prenait le seul maître après dieu à bord pour un imbécile doublé d’un sous-homme, étant donné qu’il n’avait pas de diplôme en biochimie.
Mais, s’il n’avait peut-être pas de diplôme en biochimie ni de doctorat prestigieux, il n’était pas moins quelqu’un d’intelligent, doté d’un solide bon sens et d’une capacité à sentir venir les situations dangereuses. Comme celle-ci.
Certes, il n’aurait jamais du tenter de pénétrer dans la section avant. Un jour, l’année précédente, il en avait eu assez de ne pas savoir ce qui se passait sur son navire, et, avec son mécanicien-chef, avait décidé de tailler un trou dans une cloison secondaire, dans une zone sans trop de câblages dans les parois, afin d’accéder à l’avant. Par là, lui et son mécanicien étaient entrés dans l’une des soutes reconverties.
En fait, ils n’étaient pas allés beaucoup plus loin. Le fait de trouver des morceaux de corps humains affreusement distordus et croisés, placés dans des coffrets de stase avaient suffit à écorner sérieusement leur curiosité. Puis, lorsqu’une affreuse main dotées de griffes à la place des ongles s’était convulsivement refermée et rouverte dans son coffret au moment où le mécanicien avait maladroitement tapoté contre, ils en avaient eu assez, et étaient partis sans demander leur reste, refermant précipitamment le trou.
Depuis ce jour, Vashensky avait d’affreux cauchemars. Des cauchemars qui revenaient sans cesse, où il courrait dans les coursives de la section avant, sans s’arrêter, poursuivi par des ennemis invisibles. Situation pas si différente de celle dans laquelle il se trouvait actuellement: le Roger Bacon filait à vitesse maximale en espace profond, un peu au dessus de l’écliptique, talonné de près par trois frégates rebelles, qui gagnaient régulièrement du terrain. La distance qui les séparait de leur proie était minuscule; si la propulsion de celle-ci s‘arrêtait, en cinq minutes, ils seraient sur elle. Et si rien ne changeait, c’était pour dans deux jours. A ce moment là, lorsque les hestiens découvriront ce qui se passe dans les cales du Roger Bacon, Vashensky ne donnait pas cher de leur peau.

-Position? Demanda-t-il, par désœuvrement autant que par envie d’échapper à ses sombres pensées, à son officier chargé de la navigation.
-Secteur vingt-trois, grille stellaire B-501, vecteur de libération J-20.4, à dix-sept kilo-parsec de Miral VI, et à vingt de l’espace novarien, répondit la jeune femme, dont la teinture bleu électriques des cheveux avait par endroits laissé place à son châtain clair naturel, signe qu’elle avait cessé d‘entretenir l‘étrange couleur.

Un peu comme tout ici: Vashensky ne s’était plus rasé depuis trois jours, et le mécanicien-chef lui avait avoué que plusieurs des ses hommes ne venaient plus au travail, se contenant de jouer aux cartes dans la cantina du bord.
L’autre homme sur la passerelle était son bras droit, qui occupait la station « tactique et veille interne », ou plutôt, il regardait un holo, les pieds sereinement posés sur le bord de sa console, lui-même renversé dans son siège usé, totalement avachi.
Une petite lampe s’éclaira sur le petit pupitre de commande de Vashenky, qui passa sa main dans sa barbe naissante, songeant ce qui l’attendait, avant d’enfoncer le bouton d’ouverture du canal de communication.
Le visage de Deen était encore plus sévère que d’habitude, mais le fait que quelques mèche grises s’échappent de son chignon d’habitude martial était un mauvais signe.

-Vashensky! Glapit-elle, armez tout de suite vos hommes et dites-leur de se rendre à la porte principale de la section avant tout de suite, nous avons une urgence!

Un ou deux mois plutôt, le commandant se serait levé en maugréant, et aurait obtempéré. Mais ses yeux profondément enfoncés dans leurs orbites contemplèrent, lugubres, le visage de la femme qui lui avait ravi le commandement du Roger Bacon dans les faits, et était sur le point de leur coûter la vie. Car, après-tout, n’était-ce pas son vaisseau? Son tas de vieilles pièces branlantes, de conduites fuyantes, doté d’une hyperpropulsion qui avait du paraitre moderne à l’époque d’Hérode Antipater?

-Que se passe-t-il? Demanda-t-il, glacial.
-Ce qui se passe? Ce qui se passe? S’emporta Deen, ce qui se passe, c’est que nous avons une urgence absolue! Plusieurs des nos hangars sont contaminés par des chimères, et nous devons maîtriser une crise…

Un sourire mauvais apparut sur le visage de Vashensky.

-Si c’est cela, vous comprendrez tout à fait que je doive verrouiller hermétiquement la section avant, comme le veut la procédure. C’est vous qui avez un diplôme en biochimie, non?

Sourd aux protestations, il enfonça les commandes qui isolèrent instantanément la section avant. Toutes les portes, auparavant fermées dans l’autre sens, furent doublement verrouillées. Sur l’holo, le visage de Deen était devenu cramoisi, et elle tempêtait. Mais, d’un geste grossier, il la fit taire.

-Je sais ce que vous fabriquez. Ou que vous croyez fabriquer. Mes hommes le savent aussi, mentit-il, et nous sommes très mécontents. Les hestiens vont nous rattraper d’ici quelques jours, et j’espère que d’ici là, vous mourrez de la mort que vous méritez: lente et douloureuse, madame Deen. Je sais qu’aucun tribunal ne vous fera jamais ça si nous sortons d‘ici, ou que les hestiens vous garderaient comme otage, mais moi, qui suis déjà mort s‘ils nous prennent, je peux vous le faire. Vous m’avez tué, et j’ai bien l’intention de faire de même.

Le commandant coupa la communication, étonné par la bouffée de violence qui l’avait pris à ce moment. Sa navigatrice, cessant de jouer avec ses boucles bleu électrique, le fixait, tandis que son second avait daigné relever le nez de son holofeuilleton de série B.
Lentement, Vashensky donna aussi des ordres par la Com. pour que les hommes d’équipage s’arment et gagnent les accès à la partie avant, et les surveillent. Car il préférait qu’ils se fassent tous tirer une balle dans la nuque par les hestiens que de subir ce qui était libre dans l’avant du Roger Bacon.
Une autre sonnerie retentit, et le commandant fut sur le point de la couper, quand il vit qu’elle provenait de la salle des machines. Le visage maculé de sueur et de saleté du mécanicien-chef apparut au dessus de l’accoudoir droit de Vashensky.

-C’mmandant, fit-il en haletant, le réacteur à hyperpropulsion a eut des ratés, je ne sais pas pourquoi, mais on perd de la puissance!
-Merde! Galpit Vashensky, manque plus que ça. Tu ne peux rien faire pour le relancer?
-Non, répliqua le mécanicien avec un violent signe de dénégation, j’ai déjà tout essayé, la foutue bécane ne veut pas redémarrer, et l’ordinateur est incapable de me dire d’où provient le problème. On dirait qu’une variation extérieure au champ est en train de le déstabiliser. Je… ‘ttendez! Je… il s’arrête!

Effectivement, l’instant d’après, sur les pupitres de commande de la minuscule passerelle, les systèmes indiquèrent que le Roger Bacon sortait de l’hyperespace, sortie confirmée par une légère secousse. En proie à une rage aveugle, Vashensky frappa à plusieurs reprises le pupitre, sans autre effet naturellement que de se faire mal au tranchant de la main gauche.

-C’mmandant! Fit la voix aigue Kathy, la navigatrice, les hestiens, ils nous rejoignent. Je nous mets à pleine propulsion à impulsion!

Sur l’écran de contrôle, le point représentant le Roger Bacon fut bientôt rattrapé par les trois représentant les frégates hestiennes.
Vashensky prit une décision.

-Active l’autodestruction! Beugla-t-il à l’intention de son second, qui le regarda, médusé, par-dessus l’holofeuilleton, et cela pendant de longs instants durant lesquels les hestiens s’approchèrent.

Puis, devant l’ahurissement manifeste de son bras droit, le commandant se leva lui-même, traversa la distance en quelques enjambées rageuses, et composa à toute vitesse les codes sur le pupitre du second. Toutes les lumières de bord virèrent au rouge, et une voix métallique sinistre s’échappa des haut-parleurs de l’ordinateur:

-Démarrage de la séquence d’autodestruction. Autodestruction dans cinq minutes et trente secondes, sans décompte audio.

Vashensky était déjà à mi-chemin de la sortie de la passerelle lorsque la voix repris:

-Erreur dans les processeurs informatiques centraux, impossible de compléter séquence. Autodestruction impossible.

Malgré cela, l’éclairage resta rouge. Ce fut dans une ambiance de sang que le commandant du Roger Bacon commença à hurler la rage accumulée depuis les derniers jours.


Sur les écrans de l’Esprit de la Libération, frégate commandant l’escadre réduite hestienne, le grand cargo de Kornium GL offrait un spectacle déroutant: il était d’après ses scanners en proie à de graves dysfonctionnements intérieurs, tandis que sa propulsion à impulsion commençait à son tour à rendre l’âme; les propulseurs gauches ne fonctionnaient qu’à 70% de leur capacité, faisant que l’astronef ne se déplaçait plus en ligne droite mais suivant une légère courbe tournée vers la gauche. Ses systèmes d’armement étaient hors service, et il ne répondait pas aux sommations par la com..
La commandante de l’Esprit s’apprêtait à ordonner le passage à l’offensive contre l’appareil lorsqu’il se passa quelque chose pour quoi on la blâmerait à son retour à la base. En fait, on la considérerait comme une mythomane et une incapable, la dégraderait, et l’assignerait à des missions de moindre importance jusqu’à ce qu’elle commence à boire de désespoir et soit expulsée de la marine rebelle hestienne.
L’opérateur scanner déclara que la coque du Roger Bacon était tout à coup en train de perdre sa cohérence. Ils ne savaient pas vraiment comment c’était possible, mais sur l’écran tridimensionnel du visuel, la surface de la coque noire du cargo reconverti ondulait comme si elle était faite d’un liquide étrange. Des éclairs brefs et impossibles à fixer illuminaient à intervalles réguliers l’appareil désemparé.

-La gravitation augmente dans les environs de l’appareil, c’est dangereux pour nos stabilisateurs! Affirma l’opérateur de la station scientifique, affirmation immédiatement confirmée par une série de turbulences, et un rapport d’avarie faisant état d’un début d’incendie électrique dans la salle des machines.
-Eloignez-nous de ce machin! S’écria à contrecœur la commandante, lançant un regard haineux à sa proie qui semblait lui glisser entre les doigts.
-Nous détectons une masse considérable à trois heures, fit l’opératrice tactique, mystifiée, mais les senseurs conventionnels ne montrent rien!

Tout ce que vit la commandante, ce fut comment après un ultime scintillement étrange, le Roger Bacon semble se contracter et s‘étirer, avant de disparaitre dans les profondeurs de l’espace.

-Il a disparu de tout nos écrans, la gravitation diminue, dit à voix basse la même opératrice, fixant d’un œil ahuri ses instruments.

La première chose que fit de la maîtresse de l’escadre fut de se rendre dans sa cabine, toute proche, et de sortir une bouteille de whisky terrien de sa cachette, bouteille qu’elle descendit promptement - en compagnie de son second, toutefois.



Classification: Secret.
Date: 14/11/2833
Enregistrement: Archives de la Cour d’Ethique Fédérale, classifié.

Audition de la commission d’enquête parlementaire instituée par la Cour d’Ethique Fédérale de la Fédération Solaire Unie dans l‘affaire de clé 47-22-140-B. Audition numéro 23, aux Kerguelen.

Sont présents: Giacomo Falcenelli-Skorza, Juge de la CEF. Ulrich Zebeev-Strahlberg, Juliana S’kongola, Dai Bien, Simòn Bergala, Islam al-Sayyeïf, Barmal Oveerl, Alexander Bleib, Katerina Leminova, Wen Shu, députés de la Chambre Basse, Pr. Dr. Claire T. Mergen, biologiste (université de Luna), Pr. Luis Montesi, biologiste (université de Lima), Dr. Antarem Dareel, neurobiologue (université de Beta Centuri), Craig Falner-Tekarna, directeur recherche et développement de Korinium GL (auditionné).

Giacomo Falcenelli-Skorza: La commission est à présent officiellement en séance, et ses travaux seront enregistrés. Monsieur Falner-Tekarna, cette commission a pour objectif d’étudier les tenants et les aboutissants de ce que la presse a nommé « l’affaire des vaisseaux de la Korinium GL ». La décision de cette commission imposera ou non la levée de l’immunité dont vous bénéficiez au titre de la Loi de 2741 sur l‘Autonomie des Trans-spatiales, et cela à cause des lourdes accusations de dissimulation d’informations stratégiques, d’eugénisme, de détournement du génome humain, d’expérimentation sur des sujets humains non-consentant et enfin de vivisection humaine qui pèsent sur vous. Si nous levons votre immunité, il est probable que vous serez attaqué par la Cour Suprême de la Fédération. Avez-vous compris vos droits et vos devoirs en cette situation, monsieur Falner?
Craig Falner-Tekarna: Oui, monsieur le juge.
GFS: Très bien. Madame Juliana S’kongola de la commission de Bioéthique de la Chambre Basse du parlement fédéral va résumer les faits à l’intention de l’assistance, et ensuite, nous passerons à l’audition proprement dite. Madame S’kongola?
Juliana S’kongola: Merci, monsieur le juge. Nous avons reçu un certain nombre de rapports de la part des services de la sécurité intérieure de la fédération et de la SRIA déjà dans les années 2810, qui nous renseignaient au sujet des activités de la célèbre trans-spatiale Korinium GL, dont la branche recoupe les genaméliorations, cela en coopération avec la trans-spatiale Aloodza Tech., spécialiste des produits dermatologiques. D’après nos informations, le premier projet, de nom de code « 49 », portait sur des systèmes de mémoire chimique et de mémorisation ultra-rapide. Les sujets d’expériences étaient des employés qui avaient renoncés à leurs droits contre une prime, comme la loi de 2741 le permet. Cependant, dès 2812, des individus non-consentant ont étés soumis à ces expériences; les responsables sont actuellement en procès auprès de la Cour de Cassation de la province de Themis et Hestia. Quoi qu’il en soit, la suite du programme, nommée « 50 », est ce qui nous concerne. Elle touche à la création de chimères humaines, et de façon générale d’hybrides, expériences dont l’objectif à moyen terme était de créer des médicaments et des cellules de greffes résistantes aux maladies actuelles. Cela a déjà été prouvé, n’est-ce pas?
GFS: En effet. Poursuivez, madame.
JS: Donc, le programme 50 a connu une phase de forte accélération, durant lequel les essais se sont multipliés. Des documents qu’une source souhaitant rester anonyme nous a fait parvenir sont éloquents: plus de six-cent Humains Génétiquement Modifiés « inachevés » ont étés crée durant ce laps de temps, puis, systématiquement, mis en stase et envoyé pour stockage sur une petite planète, dont nous ne connaissons que le nom de code: Sidébase 14.
Simòn Bergala: Madame S’kongola, quels étaient les objets et les natures des croisements opérés?
JS: Ils étaient multiples. Les premiers comprenaient l’adjonction à des cellules-souches de plusieurs systèmes chromosomiques supplémentaires, végétales, qui coexistaient ensuite avec les gênes humains. Cela permettait au corps de créer des molécules qu’il n’est pas capable de synthétiser en temps normal, et de supporter des conditions différentes de celles supportables par les humains. Par exemple, j’ai ici un exemple d’individu capable de respirer du gaz carbonique. C’est le principe de base des chimères, étendu par les activités de la Korinium, et disposant de certains locaux et technologies appartenant à Aloodza Tech.. Cependant, par la suite, elle a aussi utilisé des bases animales ou même artificielles. J’ai eu l’occasion de voir certaines images des « résultats » de ces expériences, et je dois avouer que j’en ais été profondément choquée. Ce sont celles-ci, qui, lorsqu’elles sont parvenues à la presse, ont lancé le scandale. Ensuite, les déclarations du pape au sujet des « apostats et des suppôts du diable » ont fait le reste…
Islam al-Sayyieïf: Mais, les vaisseaux détournés, qu’en est-il?
JS: Et bien, deux astronefs-laboratoires de la Korinium GL se trouvaient en vol en espace profond dans le secteur de Hestia lorsque la rébellion à commencé sur place. L’un d’entre eux a disparu dans des circonstances encore peu claires, et l’autre a été capturé en 2828. Mais il a été caché à la population à l’époque que plusieurs dizaines de sujets d’expériences, parmi les plus aboutis, se sont échappés. Ces sont eux que nous désignons le plus souvent sous le sigle HGM. Lorsque l’astronef médical a été repris par une offensive des force spéciales en 2830, il était déjà presque vide.
IS: A-t-on des informations concernant l’autre, celui que les hestiens n’ont pas capturé?
JS: Je crains que non. Les rares rapports de la force d’intervention hestienne qui avait pour instruction de le capturer sont manifestement l’œuvre de mythomanes, ou alors maquillés afin de brouiller les pistes.
GFS: Parfait, nous allons passer à l’audition proprement dite. Monsieur Falner, veuillez vous lever. Voilà, bien... Sachez que la greffe enregistrera la moindre de vos déclarations, qui pourront ensuite êtres utilisées en justice contre vous et/ou la société Korinium GL. La société Aloodza Tech. n’est pas concernée par contre. Passons aux questions. Monsieur Falner, vous étiez entre 2820 et 2826 chargé des approvisionnements en matériaux biologiques. Puis, entre 2826 et 2831 le directeur des programmes biotechnologiques de Korinium GL, avant d‘accéder à votre poste actuel. Durant toutes ces années, avez-vous étés informé de l’illégalité des activités menées par votre département dans le cadre ce qu’on a appelé les « vols spatiaux noirs »?
CFT: Nous, je nie le fait d’avoir été tenu au courant de cela. Lors du temps que j’ai passé à l’approvisionnement, mes activités de recherche de matières premières prenaient la grande majorité de mon temps, et je n’ai jamais fait d’heures supplémentaires pour examiner en détails les rapports intéressants d’autres chefs de section qui transitaient par moi…
Alexander Bleib: En quoi consistaient vos activités de recherches de matières premières, monsieur Falner?
CFT: Principalement rester en contact avec les banques d’organes de notre univers connu, et avec les réseaux de distribution. J’ai eu également l’occasion d’acquérir des essences de plantes rares, ainsi que quelques cellules animales, mais tout les groupes ayant des activités dans les biotechnologies font cela. Cela m’a également amené à être en contact avec la firme Aloodza Tech., et jamais celle-ci m’a transmis des informations concernant ces histoires d’« HGM ».
GFS: Et dans vos fonctions à la tête des programmes biotechnologiques? Vous n’avez pas été tenu au courant des avancées de vos équipes, surtout pour un programme comme le projet 49-50, qui représentait un investissement très lourd?
CFT: Les rapports qui me parvenaient depuis les bases de 49-50 étaient tronqués. On ne m’a jamais fait savoir plus de choses que ce qui était directement consultable sur notre Office-Réseau par tout un chacun. Je ne suis pas scientifique de formation, et les résultats me suffisaient.
AB: Cela ne vous semble-t-il pas manquer de déontologie, de se satisfaire des résultats, et ne pas accorder d’attention aux méthodes?
CFT: Absolument pas. Les cadres dirigeants d’une trans-spatiale sont excessivement occupés, nous ne pouvons nous permettre de nous tenir au courant des détails de chaque programme. C’est matériellement impossible.
IS: La vivisection d’êtres humains constitue-t-elle un détail?
CFT: Administrativement, oui: Je n’ais reçu aucun rapport faisant état de cela.
Pr. Luis Pontesi: Mais… la pratique de l’eugénisme aurait du être connue des cadres dirigeants. Par simple nécessité lors du lancement du programme, étant donné qu’elle était inévitable.
CFT: Oui, mon prédécesseur a été mis au courant. J’ai lu ses notes à ce sujet, et il ne semble pas que les rapports qui lui avaient étés fait aient dépassé ce qui est acceptable d‘après la jurisprudence de la CEF.
AB: Le programme 49-50 s’était-il fixé des objectifs clairs?
CFT: Pas précisément. Nous étions pionniers d’un territoire mal exploré, et n’avions donc pas de prévisions claires de ce qui nous attendrais.
Wen Shu: A ce sujet, justement, j’ai devant les yeux la copie d’une note interne datée du 1er octobre 2825, qui prend position à ce sujet. Elle est signée par le défunt professeur Akmad Saleh, que vous aviez vous-même placé en charge du département des organismes génétiquement modifiés. Cette note a été envoyée d’une part à vous, d’autre part au président du conseil de surveillance de Korinium GL. Je cite: « aussi, j’estime qu’il sera encore nécessaire d’attendre une à deux années avant que nos recherche se concrétisent, comme prévu. Nos chimères actuelles sont encore assez limitées et maladroites, et leur taux de survie est d’environ 24%. Pour cela, Monsieur Falner-Tekarna, je vous demande de confirmer nos budgets en hausse pour cette année, afin que nous poursuivions nos travaux. Il n’est pas besoin de vous rappeler que l’aboutissement de notre programme neurobiologique dépend des investissements consentis maintenant, qui permettront de récolter demain les fruits par le biais de la commercialisation d’organes améliorés, ainsi que d’individus génétiquement modifiés aptes aux taches les plus diverses. » Monsieur Falner, les crédits demandés par cette note ont étés accordés, et leur accord a été signé par vous-même, nous en avons un fac-similé. Pouvez-vous nier que vous n’avez pas été au fait des expériences menées par vos services?
(Silence: environ 30 secondes)
GFS: Monsieur Falner?
CFT: Je le nie.
Ulrich Zebeev-Strahlberg: Monsieur Falner, savez-vous quoi que ce soit au sujet de la Sidébase 14? A quoi cela correspond-il?
CFT: Je ne sais pas.
IS: Et, en ce qui concerne le deuxième vaisseau, celui qui a disparu avant que les hestiens ne le capturent, que pouvez-vous dire à cette cour à son sujet?
CFT: Je n’en sais rien. Je n’étais pas chargé des communications avec ces unités, et n’ai jamais reçu de rapport sur le sujet.
UZS: Vous ne saviez que peu de choses pour un cadre dirigeant. Pourtant, vos supérieurs vous ont toujours décrits comme compétent et pointilleux. Ne trouvez-vous pas vos trous de mémoire et négligences dans cette affaire étranges?
CFT: Absolument pas. Je ne suis qu’un homme, faillible.
GFS: Merci. Vous pouvez vous retirer, monsieur Falner. La commission va à présent statuer et voter.

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James Smith
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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Ven 24 Juin - 10:24

J'avoue, j'ai pas tout lu (un pavé comme ça, je le préfère imprimé en petits feuillets ^^), mais c'est bien écrit, c'est sur malgré quelques phrases à rallonge ^^', venant de moi tu peux rire de cette remarque.

Pour les idées de titres inspire-toi des tenors de la SF et du Fantastique. Faut un truc qui tranche! ^^
Et puis "Hegemony" n'est-il pas en soi un très bon titre?

j'essayerai de lire la suite cette après midi.

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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Ven 24 Juin - 11:30

Justement, je veux éviter les trucs trop habituels, et garder un machin court mais percutant, et surtout, surtout, surtout, éviter les machins du genre "Chroniques de [entrez un nom avec une terminaison exotique]"


Hegemony.... c'est anglophone... ça marche pour un forum, moins pour un roman.

Les deux premiers textes datent d'il y a quelques années hein, mon style s'est affiné dans les deux suivants.

Bonne lecture oui^^

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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Ven 24 Juin - 12:39

Pas pu lire pour l'instant, verrait dans la journée.

Sinon, Syllas, je vais déjà réserver quelque place dans ma bibliothèque personnel. ^^
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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Mer 20 Juil - 19:05

Ce n'est pas la tradition, c'est l'efficacité de l'aide de Dieu qui décide de l'issue bataille.
(De Vellationes, XVI-8, Nikephoros Phocas, empereur byzantin)

2848

Le 8 janvier 2848, à 11h01 du matin (heure de la Terre) débuta l’attaque de Xase par les forces coloniales et fédérales combinées. A approximativement une minute après la descente en orbite de bombardement, les soutes du SFS Centaure s’ouvrirent, dévoilant un espace intérieur hérissé de missiles qui décollèrent, tous en même temps, au milieu d’un déluge de contre-mesures électroniques réglées sur des fréquences qui devaient permettre de brouiller les capteurs adverses, tout en laissant la voie libre aux flèches mortelles.
Le premier des missiles, un modèle Fedarm Multisystem L.7 « Crusader » à tête tectonique tomba à une vitesse plusieurs fois supérieure à celle du son depuis la haute atmosphère de Xase, et, propulsé par un petit réacteur à impulsion, fonça à travers les défenses anti-spatiales adverses, qui, surprises et dépassées, ne parvenaient pas à ajuster correctement leur tir et demeuraient impuissantes. Partout dans l’air retentissaient les explosions répulsives des charges anti-missiles, mais la plupart des projectiles largués poursuivaient malgré tout leur route.
Dépassant la mer et un système dépressionnaire, le passèrent à moins de deux mille mètres au dessus des campagnes de Xase, émettant un puissant sifflement lugubre. A ce moment, quelques-unes des charges se fractionnèrent en des dizaines de sous-charges tombant dans toutes les directions, de façon ciblées, sur des villes ou des routes, dévastant les endroits qu’elles touchaient. Mais le premier missile « Crusader » poursuivait la route, la terre défilant sous lui à une vitesse terrifiante, jusqu’à ce que, à une centaine de kilomètres de Sregnitz, il remonte en flèche dans les airs, surgissant subitement sur les écrans de contrôle anti-aériens de la défense centrale adverse, et, avant qu’elle n’ait pu rien, retomber en larguant son module de propulsion principal et en passant en postcombustion sur le module secondaire. A plusieurs dizaines de kilomètres par seconde, il piquait vers le centre de contrôle anti-spatial.
Celui-ci était un blockhaus blindé enterré à quarante mètres de fond, relié par plusieurs couloirs presque horizontaux à la surface. Quatre épaisseurs de plaques de protection en métacier et en granit artificiel avaient été placées au dessus, et l’endroit aurait pu résister à une explosion nucléaire à proximité directe.
Le L.7 « Crusader » tomba droit dessus, traversa juste avant que le bouclier énergétique se s’enclenche, et à la microseconde où il touchait le sol, sa tête tectonique s’activa.
Les forces électroniques et gravitationnelles qui en sortirent désagrégèrent en quelques instants et avec une violence exceptionnelle toute l’épaisseur des plaques de protection, déformant monstrueusement le sol sur plusieurs centaines de mètres autour. Les ondes de choc qui se répandaient autour du lieu où le missile s’était écrasé réduisirent tout ce qui n’était pas absolument imbroyable en bouillie, y compris les humains, les ordinateurs, les câbles de communication. Les souterrains étaient bouleversés comme un château de sable sur lequel un enfant géant et pervers se serait amusé à sauter férocement, puis à l’éventrer avec une pelle. Un immense nuage de poussière s’éleva dans le ciel, tandis qu’à des dizaines de kilomètres à la ronde, toutes les vitres et de nombreuses structures peu solides explosaient. Parmi ceux dont les organes internes n’avaient pas éclaté, des dizaines de milliers d’habitants des faubourgs de Sregnitz devinrent instantanément sourds après l’attaque, tandis qu‘une bonne partie de la population de la région serait accablée d‘horrible maux de tête pendant des jours.
La défense anti-spatiale de tout l’hémisphère ouest de Xase était dorénavant hors-jeu.
Les missiles et les projectiles balistiques commencèrent à pleuvoir sur la planète: l’invasion fédérale de Xase, ce monde ennemi d’entre les ennemis, commençait.

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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Mar 26 Juil - 18:34

(citation partielle d'un chapitre)


L’aérojet était un véhicule de transport atmosphérique hautement efficace. Capable d’atteindre en une minute plus de mille kilomètres heures, doté de capacités de manœuvre de haut niveau et d’une soute honorable, il était l’auxiliaire indispensable de toute campagne militaire.
Sa vitesse n’était pas de trop dans cette situation, et même Kam, pourtant habituée aux grosses accélérations, se sentait écrasée dans son siège. Le vaisseau n’était doté que d’un petit compensateur d’inertie, afin de maintenir son coût à des niveaux bas. Le doter du même système qu’un vaisseau de chasse spatial, ou encore qu’un monoplace avec hyperpropulsion, aurait fait exploser les coûts de fabrications, et jamais l’armée aurait pu être largement doté de cette petite merveille.
Malgré tout, elle ne pouvait s’empêcher de regarder sous elle défiler les arbres et les collines à une vitesse impressionnante. La portière coulissante possédait plusieurs hublots par lesquels on voyait nettement cela, et elle était toujours assez fascinée par ces grandes étendues vertes, qui rappelaient vaguement en elle celles qui jadis couvraient la majorité des terres de Themis.
Sa tête était à l’air libre. Peu après le décollage, le jeune Rafa, installé sur la troisième banquette, celle du fond, entre elle et Kosvoran, s’était tourné vers elle et avait dit:

-Je sais que vous n’êtes pas qu’un golem. Laissez-moi voir un vrai visage.

La mercenaire nomade avait un instant pesé le pour et le contre. Koranke l’avait envoyée avec Kosvoran afin de se rendre compte au QG terrestre de ce qu’il en était avec ce dénommé SIma. Elle aussi avait remarqué la réaction du diplomate, et sentait qu’il y avait anguille sous roche. Aussi s’était-elle embarquée avec le terrien, Stafen, Rafa et les quatre gardes dans l’aérojet, afin de les suivre.
Le terrien avait changé ses plans. Désormais, ils passeraient donc par le quartier général au sol avant de monter en orbite. Il voulait apparemment rencontrer immédiatement celui qu’il avait présenté comme un général unionien très… particulier, sans en dire davantage.
Se rendant compte que personne d’autre ne risquait de la voir sous ses traits normaux dans le jet, et que le jeune homme savait bien ce qu’elle était, elle avait haussé les épaules et désactivé la protection. C’était en plus bien plus confortable pour elle, qui pouvait désormais reposer sa tête contre le dossier de son siège. Kosvoran avait sourit, et elle sentit que Rafa se détendait davantage.
Après environ une heure de vol, filant au dessus de la canopée et des cîmes, ils remontèrent lentement le long de hauts contreforts, et débouchèrent finalement au dessus du plateau qui abritait l’ancienne capitale d’Arlissa, et leur principale base militaire de la planète. Celle-ci était formée de hangars et de baraquement installés autour du tarmac de l’astroport planétaire.
Lorsqu’ils survolèrent l’endroit, ce fut pour constater qu’une intense activité y régnait. Une constellation de vaisseau noirs, large et trapus, était posée sur l’asphalte du tarmac, et au-delà, dans l’herbe rocailleuse. D’autres descendaient de l’orbite, vivement, et ils durent attendre encore de longues minutes pour qu’un créneau d’atterrissage leur soit accordé.
En se rapprochant du sol, Kam vit que les barges étaient estampillées de bannières noires-or-blanches, avec des foudres bleues croisées au milieu. Elle se souvenait de ces vaisseaux, et de ces bannières. Il s’agissait de l’armée de l’Union de Territoires Eloignés; c’était comme ça qu’elle était descendue sur Christiansa, quelques années plus tôt. Derrière elle, curieux et inquiet, l’ex-prophète observait cela silencieusement.
L’aérojet fit un dernier tout au dessus du site, et se plaça en position d’atterrissage vertical. Les réacteurs aux extrémités de ses ailes effectuèrent une rotation synchronisées, et, avec un rugissement, firent décrocher l’appareil, qui descendit abruptement.
En se rapprochant du sol, on voyait désormais manœuvrer les troupes et le matériel. Des véhicules roulaient dans tout les sens, des hommes courraient, d’autres, par bataillons entiers, avançaient au pas de marche militaire, suivant en bon ordre le porteur d’un enseigne noire-or-blanche. A vue de nez, pour Kam, plus de cent mille hommes avaient déjà du descendre des vaisseaux, et le flot ne semblait pas vouloir s’arrêter.
Plus de cent mille hommes.
Une vibration parcourut l’aérojet comme les roues de ce dernier, qui s’étaient silencieusement dépliées, touchèrent le sol. La nomade secoua la tête et réactiva son casque. Puis elle déverrouilla la portière coulissante et sauta sur le tarmac, suivie des autres occupants de sa rangée de sièges.
L’air était empli de bruit; celui des moteurs mourants de l’aérojet, celui des propulseurs des barges de débarquement, celui des musiques militaires, celui des véhicules, celui des hommes. C’était une armée des temps modernes en marche qu’il y avait là devant eux.
Kosvoran donna ses instructions; Stafen et ses hommes devaient aller escorter le jeune homme - il n’employa plus le terme « prisonnier » en « lieu sûr », pendant que lui-même irait voir le commandant des unioniens. Kam, ne faisant pas partie des hommes du colonel, suivit le diplomate, qui ne pipa mot à ce sujet.
Il commença par arrêter un antigrav militaire léger unionien, et apostropha son chauffeur:

-Je suis un envoyé spécial du ministre d’Etat de la Fédération, et j’exige de voir le responsable de ceci.

Le jeune homme derrière le volant eut une expression dubitative, et répondit:

-Le général? Il doit encore être dans la barge dix-sept…
-Conduisez-moi sur place, soldat, fit, impérieux, le terrien.

Avant que le conducteur n’ait le temps de donner son avis sur la question, Kosvoran s’installa sur le siège passager, et Kam le suivit sur la banquette arrière, un peu encombrée par une caisse qu’elle poussa sans ménagements de côté. Placé devant le fait accompli, le chauffeur se dirigea verse la barge dix-sept.


Lorsqu’elle le vit pour la première fois, Kam trouva que le général Kwessel Sima avait l’aspect très quelconque, malgré l’air un peu mauvais qu‘il affichait. D’une taille moyenne, avec une épaisse chevelure brune disciplinée, il semblait être l’extension de son uniforme plutôt que l’inverse. Ses yeux hautement mobiles allaient de Kosvoran à la nomade, et ces deux globes marrons sombres véhiculaient une expression tellement agacée et désagréable qu’elle fut contente d’être engoncée dans son scaphandre et dissimulée derrière deux centimètres d’alliage nano-renforcé.

-Vous ne pouviez pas choisir un autre moment pour venir me poser ces question, monsieur? Grommela Sima, après avoir cessé de fixer le nez métallique de Kam.

Le terrien écarta les mains en signe d’impuissance, et répondit:

-Je n’ai pas choisi ce moment, c’est vous. Je me trouvais en mission dans un endroit reculé de cette planète, je me suis dépêché autant que possible afin d’arriver avant que vous ne soyez débordé, mais il était trop tard.
-C’est vous qui le dites… marmonna le général en s’écartant un peu de ses deux interlocuteurs, et en observant les manœuvres à travers la verrière du poste de commande de la barge dont il avait fait son central temporaire.

Un officier s’approcha prestement du général, et lui dit quelques paroles à voix basse. Un geste vif de l’homme le chassa;

-J’ai déjà dit ce qu’il fallait faire! Siffla-t-il, augmentant encore un peu le malaise que Kam ressentait.

Dire que Kwessel Sima était quelqu’un de désagréable était un doux euphémisme.

-Et vous voulez savoir ce qui a été prévu pour Arlissa? Demanda ensuite le militaire à Kosvoran, sans le regarder.
-Oui, général, répondit immédiatement le terrien.

Avec un peu de brusquerie, Sima se retourna, et s’approcha du diplomate:

-Je vais vous dire que ce que je vais faire. J’ai reçu des instructions claires de mon gouvernement, à savoir d’éteindre les derniers foyers d’agitation sur l’arrière afin que nous poussions préparer l’abattement final de Vincus, puis de Saris. Cette rébellion sur Arlissa n’a que trop duré, il est temps d’y mettre un mettre un terme. Voir ces paysans et ses imbéciles nous faire perdre tant de temps, d’hommes, d‘argent, cela me rend malade.

Sa voix était devenue incroyablement acide, et Kam sentit toute la haine floue mais intense qu’il vouait à ses ennemis, quels qu’ils fussent.

-C’est pour cela que je vais épurer ce monde de la vermine qui l’infeste, conclut celui dont elle comprenait désormais qu‘on le surnomme « le Psychopathe ». Je le ferai vite, je le ferai bien, et je le ferai définitivement.

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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Dim 21 Aoû - 23:13

Débarquement de l'armée de l'UTE:



Légion est mon nom, car nous sommes beaucoup.
(Marc, V, 9)


2836

Depuis la butte herbeuse où se trouvait le socle bétonné où elle était assise, María Ramirez avait une vue large et plongeante sur tout le spatioport principal de Secus I, et même au-delà, dans les immenses étendues où l’on avait abattu les arbres et les clôtures afin de créer un espace totalement dégagé. Ou du moins, il l’était: désormais, des centaines de transporteurs de troupe s’y posaient. Cela avait commencé le matin, tôt; les rugissements des aéroturbines avaient réveillé presque tout le camp de réfugiés où elle habitait depuis des mois. Les barges de transport de l’armée de l’Union étaient d’étranges vaisseaux gris, plats, larges et peu hauts, qui, après une descente lente, se posaient pesamment pour les premiers sur l’asphalte du spatioport, puis dans l’herbe des environs, au milieu d’un tourbillon de feuilles séchées causé par les turbines et les boucliers énergétiques. Cela durait depuis des heures, il en venait toujours, dans le vacarme des propulseurs, le crépitement des systèmes à énergie, les hurlements des avertisseurs et les cris des hommes.
A chaque fois qu’un des mammouths ouvrait sa lourde porte levante avant, il en sortait un flot apparemment interminable de soldats, de véhicules, de machines, d’armes. Les premières colonnes de véhicules anti-G rapides avaient après peu de temps fait place aux régiments marchant au pas, l’arme à l’épaule, précédés d’un porteur d’enseigne et parfois d’un musicien pour la plupart, le tout manœuvrant dans le désordre discipliné du site d’atterrissage au milieu des bruits de moteurs, des ordres criés et des musiques militaires. Cette marée humaine semblait ne pas vouloir finir alors que le débarquement unionien continuait encore et encore, et pour la première fois de sa vie, María Ramirez eut dans une certaine mesure conscience de l’ampleur de la guerre qui était en train de se dérouler, comme les quatrième, septième et huitième corps d’armée de l’Union débarquaient sur la capitale de la province de Secus, qui avait été précipitamment évacuée par la petite force d’occupation vincienne après que l’amiral Alam ait subi une défaite écrasante à la frontière unionienne, près de Mosta, qui ne lui avait laissé que quelques unités intactes. Tout le dispositif vincien du secteur avait été compromis, et ils avaient fui la province entière, se repliant vers Hestia, où un directoire fantoche avait été réinstitué.
Immédiatement, les novariens, qui n’attendaient que cela depuis la résiliation traitreuse de leur alliance avec la fédération, avaient passé la frontière, pris le monde frontalier Bralvik, avant de progresser vers le système Secus. Mais les unioniens les avaient précédé sur le territoire de la province.
D’abord, ils avaient étés contraints de de nouveau arrêter près de Ressirgo les vinciens, où Alam avait tenté de contre-attaquer avec tout ce qu’il avait pu rassembler dans la déroute. L’homme avait beau être excellent tacticien en plus d‘un combattant très chevaleresque, il était cependant impuissant face à la force arithmétique que constituait la supériorité numérique immense des flottes de l’Union. Définitivement vaincu, il s’était retiré sur tout les fronts, encourant l’ire de son haut-commandement. Ne disait-on pas que le vincien ne fuyait pas, mais mourrait?
Le 16 octobre 2836, deux flottes unioniennes étaient apparue en l’orbite de Secus I. Les novariens, perdant courage, sont repartis vers Bralvik, pour ne plus le quitter. Et le débarquement avait commencé, sous les ordres des deux officiers unioniens, l’amiral Gustav Baner, auréolé de gloire militaire, et le général Evangelos Skleros, qui, installé sur une butte à proximité de l‘astroport en compagnie de quelques-uns de ses officiers, supervisait les opérations générales. Il avait reçu quelques officiels de la province une heure auparavant, mais il était clair qui était désormais chez soi. Désormais, c‘était de son PC que provenaient les ordres.
Et le débarquement se poursuivait encore. Les longues colonnes de soldats de l’Union, forêt d’enseignes noires-blanches-or, avançaient en direction des zones prévues comme camp principal. Des brides de musique militaire parvenaient jusqu’en haut de la colline, malgré le vacarme ambiant. Marìa avait entendu qu’ils resteraient quelques mois, puis repartiraient, plus en avant vers le territoire de la fédération.
Malgré le fait qu’il s’agisse d’alliés, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir un frisson en observant un déploiement de forces aussi énormes. La signification de cette opération géante était on ne peut plus claire, et même elle, pour qui la politique interstellaire se limitait à l’image d’hommes en costume se serrant la main, comprenait que les unioniens étaient aussi venu mener leur guerre, et qu’ils ne seraient pas partis de si tôt.
Longtemps encore les bruits de bottes résonnèrent sur l’asphalte de Secus I.

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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Ven 26 Aoû - 13:27

Autre scène...



L’entrée principale du Palais donnait sur la capitale de son empire, Karak. Elle donnait côté intérieur sur une place gigantesque de pierre blanc-gris resplendissante, montant lentement par gradins vers le trône d’Or et de platine, situé au sommet, juste devant le Temple des Ancêtres. C’était à cet endroit que le quatrième Khan, Jervaï Batü, avait juré vengeance contre le dernier souverain de Botmélie, Attal I. La colère du Khan s’était manifestée par une opération commando au cœur même de la capitale Botmélienne: devant une holocaméra tournante, des soldats d’élite de Nan-Ning avaient décapité et éviscéré un à un tout les membres de la famille royale de l’Etat esclavagiste. Seul le roi, absent ce jour là, avait été épargné par l‘imprévisible razzia. C’était au lendemain de cet exploit que le Temple des Ancêtres avait reçu son immense toit en feuilles d’or fin, ainsi que ses gouttières qui convoyaient perpétuellement un flot luisant et fascinant d’or liquide, tombant en petites cascades devant l‘entrée.
Le Palais n’était ni plus ni moins qu’une réplique anachronique de la Cité Interdite sur Terre, à une échelle mégalomaniaque.
C’est en une interminable file d’humains entravés par des liens mag. que les nomades de la Horde Noire firent pénétrer leurs prisonniers sur cette place gigantesque. Ils avaient abandonnés leurs lourdes tenues de combat spatial pour des combinaisons noires plus confortables, et chacun portait sur la tête l’étrange béret noir et vert qui tombait sur l’arrière du crane. Au dessus des oreilles, une paire de petits fils au bout desquels pendaient d’étranges sphères garnies de pics, dont l’onyx luisait dans la lumière diffuse d’un ciel nuageux. Ils marchaient d’un pas rapide, et leur taille haute tranchait par rapport à celle de leurs prisonniers ou encore celle des gardes impériaux, armés de hallebardes cérémonielles et de vieux DART-2 unioniens: ils étaient au moins plus grands d’une tête, pour les plus petits.
Derrière le rideau de troupes impériales, la foule des habitants de Karak se pressait. La présentation des captifs était toujours un spectacle apprécié, mais personne n’aurait eut le culot d’élever la voix pour brimer ces hommes et ces femmes avançant en file indienne, flanqués de leurs gardes. Cela aurait été interprété comme un outrage, car dit en présence du Khan.
Ce dernier observait la scène depuis son trône, sur les dernières marches avant l’entrée du Temple des Ancêtres. Un rideau opaque empêchait de le voir, si bien qu’on ne savait jamais s’il était là. Cependant, c’était des plus probable, car le Ministre Des Sceaux Et Fonctionnaires, ainsi que le chef des énuques, la Sollicitude Sereine, étaient là, de part et d’autre du rideau. Une marche sous eux, les mandarins et courtisans discutaient doucement en observant les centaines de captifs amenés par les différentes hordes nomades.
Après près d’une heure, toute la « sélection » de cette année fut rangée en lignes nettes, bien entourées de gardes. Le Ministre Des Sceaux Et Fonctionnaires, un mandarin portant une robe bleu roi ourlée de pourpre, s’avança au milieu de l’escalier central, demeuré vide, et, trois marches sous son souverain, commença à déclamer les titres, en nan-ningien ancien:

-Mortels, manants et esclaves, écoutez, car voici la Puissance des Puissances, lumière de la terre et de astres, élue par le ciel pour être votre unique Seigneur. Est présente l’Unique, Sa Glorieuse et Haute Majesté, Terüm Batü Ögödei Nashu, Khan de Nan-Ning, de Vilnius, de Gortek, de Zebees, de Pal, de Serp, de Pago, souverain océanique et dépositaire du mandat céleste, Roi parmi les Rois, Maître de tout les nomades, destructeur des barbares, destructeur des Mondes, khagan qui traverse l‘océan, terreurs des botméliens, vengeur des serpites, Poing-de-Dieu et magnifique être.

On observa les deux minutes de silence réglementaire après l’annonce du nom. La foule retenait respectueusement son souffle, et un étrange vide tomba sur l’immense assemblée. Puis, le ministre repris:

-Au Nom de Sa Gloire, moi, Shajin Hua, serviteur humble et fidèle du Khanat, déclare qu’Elle est satisfaite du tribut de ses vassaux et de ses vavasseurs, et leur accordera encore un an de plus sa gracieuse protection, mais les prévient qu‘ils devront revenir à ce moment là avec un nouveau tribut. Telle est la volonté de Sa Gloire. Seuls les fous défient le mandat du Ciel!

C’était un discours rodé, réutilisé chaque année. A présent venait le seul moment où les choses pouvaient changer. Le ministre recula de nouveau à sa place précédente, et les mandarins échangèrent quelques murmures.
Il y eut un infime frémissement derrière le rideau opaque, et l’un des énuques les plus proches descendit de quelques marches, pour murmurer à l’oreille du ministre quelque chose. Ce dernier, avec sa voix puissante quoique pincée, déclara:

-Sa Gloire a parlé: que tout les prisonniers apportés par la Horde Jaune soient décapités!

En un instant, les gardes impériaux tirèrent leurs sabres, et tranchèrent plus de cinq cent têtes, qui roulèrent au sol dans un étrange grondement. Les nomades, plantés à côté, regardaient cela sans faillir.
L’énuque redescendit de nouveau du trône, et alla chuchoter au Ministre. Comme ça, six des huit groupes de prisonniers furent un à un décapités. C’était la manifestation suprême du pouvoir du Khan: ces esclaves potentiels représentaient une richesse gigantesque, et il pouvait se permettre de les liquider au vu et au su de tous. C’était la démonstration de la puissance du souverain de Nan-Ning, notamment aux yeux de l‘ambassadeur de la Fédération Solaire Unie, qui, debout sur une marche de subalterne, en costume normal d‘ambassadeur, regardait cela, presque blasé, après plusieurs années auprès du souverain. Il devait probablement se demandait qu’est-ce qu’il faisait chez ses barbares alors qu’un de ses collègues avec qui il avait passé quelques années à la fac occupait désormais un poste normal sur Jadis.
Un des mandarins du groupe supérieur, patricien assez vieux, à la démarche très digne, s’approcha du rideau. Il demanda quelque chose à l’un des énuques flancquant la « loge » impériale. Ce dernier se tourna, et répéta à l’intérieur. Après quelques instants, la main portant de lourdes bagues du Khan apparut à hors du champ caché par le rideau, faisant le geste d’accord à l’intention du mandarin. Ce dernier se mit à genoux.
A la vue de la main, minuscule dans le lointain, toute la foule de milliers d’assistants se prosterna en un éclair, comme si un puissant coup de vent silencieux les avait tous renversé au même instant. Voir l’empereur pouvait mener à la décapitation, et personne ne parlerait par la suite du bout de chair qu’il avait entrevu. L’ambassadeur de la fédération s’étaient détourné. Même les gardes mirent un genou à terre. Seuls les nomades restaient orgueilleusement debout, impassibles, avec leurs prisonniers, ou au milieu des corps décapités de ceux-ci.
La main revint à l’intérieur de la loge, mais les assistants, terrifiés, ne bougèrent pas. Le mandarin ayant posé sa question se retira à reculons, s’agenouillant en direction du Khan à chaque marche, en un étrange spectacle de génuflexions répétées. L’énuque qui avait servi de truchement alla parler au Ministre, qui éleva la voix:

-Sa Gloire a déclaré qu’elle accordait le privilège au Comte Wei Wang de pouvoir employer les prisonniers capturés par la horde Noire selon son bon plaisir. Louez la générosité de l’Unique, du Magnifique Khan, car il possède le plus grand des pouvoirs sur les hommes!

Le vieux mandarin eut droit à quelques regards intéressés de la part de ses semblables, mais quelques instants plus tard, un deuxième énuque remplaça le premier à l’oreille du ministre, qui ajouta:

-Les captifs de la Horde Bleue seront décapités, telle est la volonté de Sa Gloire!

Les sabres volèrent, et cinq cent autres têtes tombèrent au sol comme d‘étranges ballons lancés par des enfants imbéciles.
Durant encore cinq minutes, il y eut un peu de cérémonial. Puis, la porte du Temple des Ancêtres s’ouvrit, le chemin menant du trône à cette entrée fut promptement dissimulé sous d’autres voiles opaques. Le Khan se retira pour prier ses nobles ancêtres, ou se livrer à d’autres de ses impériales, magnifiques et glorieuses activités quotidiennes, tandis que la foule se dispersait, encore toute secouée d‘avoir entr‘aperçu la main du potentat dont la présence, spectre surprenant et insaisissable, était ainsi confirmée.
Les nomades partirent ensuite, laissant l’unique colonne de prisonniers survivants à la discrétion des gardes impériaux et de leur nouveau propriétaire. Ce dernier s’avança vers le milieu de la place, et, quand il fut à quelques centimètre du prisonnier le plus proche, prit la hallebarde cérémonielle d’un des gardes. Et il l’enfonça profondément dans le ventre du premier de la colonne.
Ce dernier tomba lourdement de côté, sous le regard choqué de la deuxième. Mais, fixant vivement ses pieds, Cam ne croisa pas celui de son nouveau maître.

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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Lun 19 Sep - 22:16

Je ne l'ai pas dit, mais le roman est terminé depuis début aout!

Je vais passer les prochains mois à corriger, et ensuite, je le donnerai à lire à quelques personnes, avant d'envoyer le tout à des éditeurs pour voir si il en ressort quelque chose.

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MessageSujet: Re: Avant première: extraits de mon roman [La gloire et la puissance]   Dim 27 Nov - 1:12

Autre extrait.

Je ferais disparaitre bientôt ce topic...

Il ne fait pas partie de la section corrigée. Des fautes de style et d'orthographe demeurent. Mais patience! J'ai encore des centaines de pages à corriger...



2847

Il s’était tenu quelques minutes près de la verrière, observant la haute atmosphère de la planète, cette brume colorée dissimulant si bien l’enfer qu’en était la surface. Son regard s’était perdu dans les profondeurs de ce panorama dantesque sur lequel se découpaient les immenses structures de la ville dans laquelle ils se trouvaient. A côté de lui, Sybille Lienh attendait, tenant la petite valise, tout en observant avec inquiétude le comité d’accueil qui cachait mal à la fois son dégoût et son impatience. En fait, les vénusiens faisaient positivement peur à la secrétaire particulière du visiteur; ils avaient une sorte d’uniformité, une sorte de façon hautaine de les toiser, surtout son patron, où cela se muait en un mépris, en une haine impuissante qui la terrifiait. Nerveusement, elle bougea, dansant lentement sur place. Derrière eux, la passerelle de la navette s’était fixée, et George, le pilote personnel du patron, était bien confortablement installé dans sa cahute. Lui au moins n’avait pas à venir voir les habitants des lieux.
Finalement, Siméon Kovatkian quitta la contemplation de l’atmosphère de Vénus, afin de faire face aux hôtes, sa canne à pommeau d‘argent claquant au sol. C’était un homme qui avait vieilli prématurément: ses cheveux étaient d’un gris clair plutôt soigné et lisse, quelques rides perçaient sur son visage, d’autant plus qu’il refusait les traitements à ce sujet. Ses lèvres remuaient doucement, et il clignait souvent des yeux. Portant un costume légèrement passé de mode mais malgré tout impeccable et de grand prix, il s’avança vers les vénusiens, imperturbable, les mains derrière le dos - elle voyait un petit tic à son petit doigt gauche - et s’arrêta à quelques mètres du chef de la petite délégation de trois personnes.
C’était un homme un peu plus grand que Kovatkian, habillé entièrement d’une combinaison blanche très près du corps - même plus qu’à l’époque où c’était à la mode sur Terre -, laissant voir une musculature concentrée sur les épaules et les bras. Ses cheveux châtains étaient courts et concentrés en deux massifs de part et d’autre du crane, au dessus des oreilles, laissant une étrange raie nue au milieu. Il avait un visage régulier, affichant une expression impatiente mais détachée, et ses yeux d’un bleu profond fixaient un point au dessus de Kovatkian. Il était flanqué à gauche d’un autre homme, d’une taille semblable, habillé de la même façon, mais dont le visage avait une forme différente, mais dont l’expression était la même. A droite il y avait une femme, qui était le pendant féminin des deux autres: deux courtes tresses descendant derrière les oreilles jusqu’aux épaules, un visage buté ignorant les visiteurs, et un justaucorps blanc. Tous trois n’avaient sur eux qu’une étroite ceinture grise assez haute sur le ventre.

-Vous devez être Ulrick Medersya, marmonna le milliardaire, avant de faire passer sa canne de la main droite à la gauche, et d’avancer la main pour la serrer, bonjour. La dernière fois que je suis venu ici, il me semble que j’ai eu affaire à votre mère.

Le chef de la délégation contempla la main tendue une seconde, et puis la saisit. De loin, Sybille crût voir ses articulations fonctionner comme pour broyer la main bien plus petite de Kovatkian.
Mais ce dernier devait serrer non moins fort, vu qu’il restait impassible.

-C‘est vrai, fit lapidairement Medersya, avant d‘ajouter, sans présenter les deux autres: Venez.

Tout trois tournèrent les talons, et avancèrent rapidement. Kovatkian claqua sèchement des doigts, et Sybille réagit nerveusement, en avançant à toute vitesse pour revenir à hauteur de son patron.
[...]
Ils traversaient à présent les corridors internes de la cité, longues allées de métal ouvrant sur des portes au design futuriste, et sur des verrières aux formes élancées. Tarit était l’une des principales cités atmosphères de Vénus. La planète était elle-même un vrai enfer, avec une atmosphère toxique si lourde qu’elle broyait tout humain qui s’aventurait au niveau du sol, et une température digne d’une fournaise qu’il faisait que des rivières de magma sortant de volcans déchiquetés mettaient des décennies avant de se solidifier. En conséquence, les hommes ne s’y étaient installés que tardivement, et dans la haute atmosphère uniquement. On y avait installé de vaste cités aériennes, certaines carrément en orbite, la plupart un peu plus bas, se maintenant grâce à d’immenses dispositifs antigravitationnels. C’était comme d’immenses insectes aquatiques complexes de métal qui dérivaient sur les jet-streams vénusiens, chefs-d’œuvre d’ingénierie.
Mais tout cela avait eu un coût. La société fédérale ayant été chargée de coloniser Vénus n’était jamais parvenue à rentrer dans son budget. Deux-cent ans de déficit permanent l’avaient amené à déposer le bilan, en 2821, alors que les cités orbitales n’étaient plus habitées que par une poignée de survivants gérant panne sur panne. L’une des cités avait même sombré, s’écrasant brutalement à la surface, causant la mort de ses rares habitants.
C’était alors que Siméon Kovatkian est arrivé. Il avait raflé la Société Fédérale de Colonisation de Vénus sous le nez des trans-spatiales, et avait reconstruit la colonie en perdition. Il avait rénové les cités existantes, construit de nouvelles, et amené 100.000 colons. Le milliardaire avait œuvrer à créer une société coloniale technologique et moderne, qui puisse donner le mieux de l’humanité.
Medersya s’arrêta devant l’une des portes dont l’arcane était joliment ouvragé, et passa sa main devant un œil électronique. Les battants s’écartèrent en un soupir, révélant l’entrée d’une salle assez allongée.
La décoration intérieure était assez particulière: des frises étroites représentant des scène étranges courraient au sommet des parois, tandis que le tout était plongé dans une lumière blanche drue assez perturbante qui éblouit un moment Kovatkian et son assistante, mais ne parut par poser le même problème aux trois membres de l’escorte.
Au milieu, il y avait un espace en rectangle formant une fosse, auquel on accédait par plusieurs marges larges des quatre côtés d’eux, où se trouvait une grande table carrée. Sybille ne remarqua pas tout de suite que la table était anormalement haute, mais par contre, elle nota immédiatement l’absence de sièges d’aucune sorte.
Un homme était assis sur l’une des marches, avec la table entre lui et la porte. Il était un peu plus petit que Kovatkian pour autant qu’elle puisse en juger, et portait une combinaison standard différente de celle de leurs hôtes. D’ailleurs, son visage fatigué et expressif était aussi tout autre.
Il se leva à leur entrée, et s’avança sur le côté de la table, à la rencontre de Kovatkian. Ce dernier marchait doucement et sans se presser, ponctuant chaque pas d’un « clac » de sa canne sur le sol métallique. Le deuxième vénusien resta lui dehors, tandis que Medersya et la femme entraient. Sybille vit du coin de l’œil un signe de la main discret de ce dernier, désignant le côté de la porte, où la femme alla se poster. Il alla ensuite jusqu’au bord des marches, et s’arrêta là, dominant ceux qui étaient dans le creux.
Avalant sa salive, l’assistante descendit les marches et rejoignit son patron, sentant le regard indifférent et glacé des deux vénusiens derrière elle.

-Ah! Monsieur Kovatkian! Avait dit l’homme en combinaison normale.
-Monsieur Falmer-Tekarna… murmura le milliardaire en serrant distraitement la main qui lui était tendue, cela faisait bien longtemps.

Il y eut une seconde de silence, puis il repris:

-Je vous présente mon assistante, Sybille Lienh, dont les services s’avèrent souvent indispensables. Mais trêves de présentations, je pense que nous sommes au fait de ce qui se passe, n’est-ce pas?

Lentement, Falmer-Tekarna opina. Il avait l’air un peu déstabilisé par l’entrée en matière de Kovatkian. Il ne dit rien, et jeta un bref coup d’œil par-dessus l’épaule de son interlocuteur, vers Medersya. Un sourire fatigué apparut sur les lèvres de Kovatkian.

-Vous pouvez parler comme s’ils n’étaient pas là. De toutes façons, qu’ils soient dans la salle ou pas, ils enregistreront cette conversation quoi qu’il arrive, alors autant que nous puissions aussi les garder à l’œil, n’est-ce pas?

Cette flèche de parthe sembla toucher pile le chef vénusien, qui cilla. Sybille eut envie de taper des mains comme un enfant devant la petite victoire de son patron. Le vieux renard avait de la ressource. Quant à Falmer-Tekarna, il lança un deuxième regard inquiet à Medersya, mais revint à Kovatkian:

-Très bien, si vous le dites. Je vous remercie déjà encore une fois de m’accueillir ici. Je ne sais pas ce que je ferais sans ça. Je sais qu’Ils me recherchent.

Kovatkian cligna des yeux, et eut un bref mouvement en direction de Medersya.

-Je vous accueillie ici, ils vous tolèrent. N’oubliez jamais comment se structure l’autorisation de votre séjour discret ici.

Sybille eut un frisson. Car, malgré le fait que Kovatkian était le propriétaire de tout les établissements de Vénus - ce qui faisait de lui le deuxième plus grand propriétaire « terrien » de tout le système solaire derrière la MMK -, il n’était plus le patron pour les vénusiens. Car, après la première génération de colons optimistes et dévoués, il y avait eut d’autres gens, et notamment une femme tenant à la fois de la visionnaire et du gourou, une certaine Trai Medersya - apparemment la mère de leur guide. Trai Medersya avait une vision très particulière de ce que cette colonie devait devenir - à savoir le foyer d’une race supérieure d’être humains, obtenue par l’eugénisme et par l’acceptation d’une discipline très stricte, vaguement inspirée des insectes sociaux tout comme de totalitarismes anciens. Charismatique et visionnaire à sa façon, elle avait endoctriné assez de colons pour s’imposer aux restants, n’hésitant à harceler ceux qui ne voulaient pas la suivre, forçant finalement leur émigration, sous les yeux impuissants de Kovatkian. Finalement, la colonie vénusienne lui avait peu à peu échappée, et s’était transformée en une société en vase clos, ou pas dix étrangers circulaient par an. C’était un cauchemar pour le fisc, les questions de cotisations sociales, et tout simplement la gestion. C’était tout juste si le propriétaire des lieux savait combien d’habitants Vénus avait grosso modo.
Au début, il avait songé à mettre toute cette chiourme dehors - il l’avait dit de cette façon à un vieil ami, sous les yeux d’une Sybille étonnée de voir son patron parler comme cela -, mais les risques de chaos et d’incidents demeuraient trop grand. C’était pour cela qu’il les tolérait sur Vénus. Il avait gardé une seule station orbitale sans eux, où opéraient quelques scientifiques avec sa bénédiction. Le reste était sous le contrôle d’un « conseil de éclairés » qui lui refusait l’accès à ses propriétés. Là encore, il aurait fallut le concours de la force publique pour faire respecter son bon droit, ce qui aurait duré des mois, et finalement, n’aurait peut-être même pas eut lieu, le gouvernement ayant assez à faire avec des citoyens rebelles autrement plus importants.
Sybille ne comprenait pas très bien la relation entre le propriétaire et les locataires indésirables. Apparemment ils avaient encore besoin de la protection du milliardaire - sans quoi ils ne seraient guère à l’abri de l’avidité des trans-spatiales, dont la principale, la Merkur Metall Korporation, dominait la proche planète Mercure, où des ombrageux militaires, qui, depuis leur QGQ stellaire sur la Lune, voyaient d’un mauvais œil toute absence de contrôle dans ce pré carré qu’était le système Sol. Kogvatkian lui ne pouvait les mettre dehors, et souffrait donc leur présence à contrecœur. D’ailleurs, c’était en raison de cette déception qu’il était parti terraformer avec quelques amis et de nombreux milliards un continent sur Hestia, afin d’y fonder là une société plus bucolique et où le bonheur de l‘homme serait mis en avant. On racontait même qu’il avait fait une fabuleuse découverte archéologique. Toutefois, il n’en racontait plus rien. Le malheur s’était de nouveau abattu sur le philanthrope, car son installation avait coïncidé avec le début de la guerre d’indépendance hestienne - qui avait dégénéré en Grande Guerre Coloniale Terrienne, comme tout le monde le savait.

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